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Les femmes noires participent au débat sur le racisme dans le monde

Maggie Hazvinei Mapondera

#BlackLivesMatter

Le Movement for Black Lives, (Mouvement pour les vies noires) ou, comme il est plus communément connu aux Etats-Unis, #BlackLivesMatter (BLM), s’est développé à la suite d’un appel à passer à l’action en réponse à la brutalité policière et aux exécutions extrajudiciaires de personnes noires, comme Trayvon Martin, Michael Brown, Eric Garner et beaucoup trop d’autres. C’est aujourd’hui un mouvement qui défie les multiples couches des inégalités raciales.

La marche des femmes noires, 2016

Le mouvement BLM a soulevé le débat à propos du racisme au niveau mondial, comme par exemple en Europe avec la montée de la xénophobie  et de l’intolérance raciale dans un contexte de crise des réfugiés. Un continent plus loin, en Afrique du sud, les protestations menées par le mouvement des étudiants #FeesMustFall (Les frais doivent baisser) mettent au jour la hausse des frais universitaires qui excluraient principalement des étudiants noirs de leur accès au droit à l’éducation, déclenchant des actions solidaires de la part d’étudiants qui ont été confrontés à des problèmes similaires au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Au cœur de ce débat mondial sur le racisme institutionnalisé, des femmes noires ont émis des critiques concernant la tendance des médias, des chercheurs et des défenseurs à s’attarder davantage sur le racisme vécu par les hommes noirs.

« Le slogan “black lives matter”  (Les vies noires comptent) est très facilement interprété comme “ black men matter“ (Les hommes noirs comptent). Ce fait est moins lié au racisme qu’au sexisme : Les problèmes qui affectent les hommes sont des problèmes sociaux alors que ceux qui affectent les femmes sont des problèmes ‘de femmes’.», écrit Kendra Pierre-Louis.

Les campagnes comme #SayHerName remettent en cause les récits centrés sur les hommes, en s’assurant que des noms comme ceux de Sandra Bland, Yvette Jones et Rekia Boyd ne soient pas effacés du tableau qu’offre les Etats-Unis en matière d’injustice raciale. Plus récemment, la condamnation du violeur en série Daniel Holtzclaw, un officier de police de la ville d’Oklahoma qui avait agressé 13 femmes noires dans l’exercice de ses fonctions, a permis d’illustrer comment le genre, la race et la sexualité se conjuguent dans le cadre de l’abus de femmes noires par la police. En Afrique du sud, aux côtés du mouvement #FeesMustFall, le mouvement #PatriarchyMustFall (le patriarcat doit tomber) a également soulevé l’importance d‘avoir des mouvements transversaux qui comprennent comment les femmes noires font face à de multiples formes d’oppression qui s’additionnent.

Marche des femmes noires, 2016

Dans la foulée de ces revendications formulées par des femmes noires au sein même des mouvements contre le racisme et la discrimination, plus de dix mille femmes se sont rassemblées dans la capitale brésilienne pour protester contre les inégalités raciales et la violence le 18 novembre dernier. La Marcha das Mulheres Negras (La marche des femmes noires) fut « un moment historique », selon la féministe Raquel De Souza car « c’est la première fois que des femmes noires venues de tout le Brésil se sont réunies à l’échelle nationale. Une marche initiée et guidée par des femmes c’est important parce que dans les mouvements noirs au Brésil, les leaders (les plus visibles) sont des hommes noirs. Alors se rassembler entre femmes comme ça, c’est en voyer un signal très fort. »

Les statistiques révèlent à quel point les femmes noires au Brésil sont en première ligne face aux inégalités raciales et à l’injustice.

Les femmes noires sont les moins bien payées d’entre tous les groupes de population. En 2013, le salaire moyen pour une brésilienne noire était de R$803.68 (soit $327 dollars US) par mois, plus de R$200 de moins que les hommes noirs et plus de mille réaux de moins que le salaire moyen d’un brésilien blanc. D’après la Carte des violences ende 2015: Homicides des femmes (rapport en portugais), réalisée par l’Institut des sciences sociales d’Amérique latine, en coordination avec l’ONU femmes-Brésil et avec l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de femmes noires ou métisses victimes de fémicide a augmenté d’un effarant 54% entre 2003 et 2013, passant de 1.864 cas à 2.875 cas en l’espace d’une décennie. Sur la même période, ce taux a baissé de 18% pour les femmes blanches. Entre 2001 et 2011, 2 femmes sur 3 victimes de fémicide étaient noires.

« Les femmes noires sont exposées à de la violence directe qui parfois entraîne leur décès, et cela se répercute sur les enfants et sur leurs proches … Il est urgent de faire un travail de sensibilisation sur le racisme et de proposer des mesures institutionnelles pour soutenir les femmes noires. », selon Nadine Gusman UN Women-Brazil.
Marche des femmes noires, 2016

La Marcha das Mulheres Negras (La marche des femmes noires) a été un acte de profonde défiance, qui a permis de briser le silence sur le racisme et le sexisme et qui a permis aux femmes noires d’être visibles d’une façon inédite. Planifiée sur plus de deux ans, cette action a été un moment critique pour le mouvement contre les inégalités raciales au Brésil et pour les femmes noires qui ont œuvré pour rendre leurs problèmes visibles à un niveau national. Des milliers de manifestantes ont occupé les rues de Brasilia, bloquant totalement le centre ville et captant l’attention de toute la nation.

Cette action révolutionnaire a même poussé la présidente Dilma Rousseff à « Réaffirmer son engagement pour la lutte des femmes noires » lors d’un meeting avec les principales leaders et représentantes des organisations de femmes noires de tout le pays. C’est une déclaration importante alignée sur une initiative du Brésil, plus tôt dans l’année, pour imposer des sanctions plus sévères aux personnes coupables de fémicide.

 


Maggie Hazvinei Mapondera

A propos de l’auteure

Maggie Hazvinei Mapondera est une activiste féministe du Zimbabwe qui travaille comme chargée de programme et de communication pour Just Associates, une organisation mondiale qui œuvre à la construction de mouvements féministes.


Avec la courtoisie du « Black feminisms Forum working group » . Cet article a été initialement publié sur le site internet de « The Feminist Wire ».

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Analyses