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Vienna Rye: L’artiste derrière l’Hommage de cette année aux activistes qui ne sont plus parmi nous

Shelley Buckingham

Chaque année, le 29 novembre, la communauté féministe mondiale rend hommage aux féministes, aux activistes et aux femmes défenseuses des droits humains qui sont décédé-e-s mais continuent de vivre dans nos mémoires.  

Cette année, nous avons travaillé avec l’artiste visuelle Vienna Rye qui s’est donnée cœur et âme pour créer de magnifiques œuvres d’art dédiées à la mémoire de 60 activistes mis-es à l’honneur dans notre hommage en ligne.

Avec ses propres mots, Vienna nous parle de ses passions, ses centres d’intérêt, son travail artistique et son activisme


Qui est Vienna Rye?

Je suis une artiste visuelle autodidacte de 26 ans, organisatrice communautaire révolutionnaire d’origine asiatique et femme non conforme de genre basée à New York City. Je me sers de l’art comme d’un catalyseur pour défier et déraciner le colonialisme, le racisme, le capitalisme et le patriarcat implantés en nous. Je suis de l’avis qu’un imaginaire décolonisé est notre outil de libération le plus puissant. Notre lutte est limitée à ce que nous pouvons imaginer : si nous ne sommes pas capables de commencer par imaginer un monde meilleur, alors comment allons-nous le construire?  

Notre lutte est limitée à ce que nous pouvons imaginer : si nous ne sommes pas capables de commencer par imaginer un monde meilleur, alors comment allons-nous le construire?  

Quelles sont tes passions et tes centre d’intérêt?

Ma passion est de lutter pour la libération collective contre les systèmes d’oppression violents et imbriqués. Je m’intéresse au renversement du patriarcat capitaliste et colonialiste de la suprématie blanche et à l’abolition de la police et des prisons. Je pense qu’aucune vie ne devrait être enfermée dans une cage. Je ne crois pas en la légitimité de l’état américain sur les terres autochtones volées, un empire bâti avec une main-d’œuvre africaine volée. Je ne crois pas aux frontières coloniales. Je ne crois pas en la notion de rareté artificielle que le capitalisme nous a vendue. Il y a suffisamment de ressources pour que chacun-e puisse manger, être logé-e, bénéficier de soins de santé. C’est à cela que je pense lorsque je crée. Je pense à la vie. L’art est simplement ce qui me permet de survivre et le biais par lequel je cherche un peu de bon sens dans ce monde insensé. Parfois, seul ce qui est surréaliste peut révéler la réalité.  

Dans quel type de travail t’es-tu impliquée?

L’art fait partie de ma vie d’aussi loin que je me souvienne j’ai commencé à créer des médias visuels grâce à des versions piratées de Final Cut Pro et d’Adobe Creative Suite que j’avais téléchargées sur Torrent quand j’avais 12 ans, principalement comme un moyen d’expression personnelle et pour surmonter les traumatismes.

En 2014, j’ai commencé à utiliser mes créations visuelles en réponse à la violence raciste d’État. J’ai co-organisé  la Millions March à New York qui a mobilisé 80 000 personnes pour protester contre du meurtre d’Eric Garner, un meurtre sanctionné par l’État  et dont j’ai géré l’aspect médiatique et stratégique. J’ai créé des visuels pour des groupes du mouvement Black Lives Matter (les vies noires comptent) à New York, à Ferguson et au niveau national et j’ai organisé des marches à New York pendant plusieurs années.

J’ai aussi organisé les évènements sur place à Standing Rock au Red Warrior Camp lors des manifestations contre le  DAPL (Dakota Access Pipeline). Par  la suite j’ai créé des contenus numériques pour la tribu Sioux, construit un camp de résistance avec la nation des Ramapough Lenape dans le cadre d’une dispute aux relents racistes concernant l’occupation de terres et l’extraction illégale de ressources. J’ai par ailleurs organisé et créé des visuels pour la campagne en faveur de la fermeture de la prison de Rikers Island et  pour l’action #AbolitionSquare (à savoir l’occupation de l’hôtel de ville pendant 22 jours qui a mené à la démission de Bill Bratton, commissaire du service de police de la ville de New York).  

Auparavant, j’avais aussi créé du contenu artistique pour le festival We Rise LA (nous nous levons), où mon travail a été repris par le Département de santé mentale de la région de Los Angeles; il est actuellement exposé sur plus de 25 panneaux publicitaires à travers toute la ville. J’ai assuré la direction artistique, y compris la stratégie créative, le tournage, le montage vidéo, le graphisme et le design web de la campagne #cut50 de Van Jones, la campagne #FreeMeekMill de Roc Nation, le mouvement  « We Are Here » de Alicia Keys et pour la campagne « Vote Pro-choice » (votez pour le droit de choisir).

Mon travail artistique a été exposé dans toute la ville de New York et mon travail sur le plan politique a été couvert à l’échelle internationale par Al Jazeera Fault Lines, The Guardian, Democracy Now!, le New York Times, ainsi que d’autres publications. Je suis actuellement représentée par l’ACLU (union américaine pour les libertés civiles) dans le cadre d’un procès intenté contre la surveillance policière généralisée des associations militantes à New York. Plus récemment, j’ai pris la parole lors de la Radical Democracy Conference (Conférence de la démocratie radicale) à la New School for Social Research (Nouvelle école pour la recherche sociale), et j’ai des œuvres qui font actuellement l’objet d’une exposition sur l’activisme au Musée de la Ville de New York.

Sur quoi travailles-tu en ce moment?

Je travaille actuellement à co-organiser la  « branche révolutionnaire »  de l'action #MassBailout, une initiative audacieuse menée par l'organisation Robert Kennedy for Human Rights qui s'efforce de sauver TOU-TE-S les jeunes et toutes les femmes de Rikers Island. Je suis l’organisatrice principale de la communication, la stratégie, la tactique, la création  et la préservation des contenus de la coalition communautaire des groupes abolitionnistes dans le cadre de nos actions directes et de sensibilisation et celles d’éducation politique. Je suis également impliquée dans la campagne #NoNewJailsNYC, qui s’oppose directement au projet du maire de New York d’agrandir les prisons pour un montant de 10 milliards de dollars.

Comment se recoupent l’art, l’activisme et le féminisme, d’après toi?

Je vis à l’intersection entre l’art, l’activisme et le féminisme. Franchement, je ne pense pas beaucoup à l’art ni à l’activisme. Je crée en me souciant exclusivement de ce qui fera avancer la lutte matérielle, morale et physique pour la libération. Je pense à la vie quand je travaille. Mon arrière-grand-mère avait les pieds bandés et s’est enfuie lors de la guerre en Mandchourie. Elle survivait grâce l’art. Je romps des centaines de siècles de silence et de honte en existant tel que je le fais. Je crois que le rôle de l’art est de s’approcher le plus possible de la vérité. De ce que c’est que de vivre. De mourir. D’éprouver de la douleur. D’éprouver de la joie. De se libérer. D’imaginer de nouveaux mondes meilleurs. Je crée ce dont notre peuple a besoin. Je crée ce dont mon esprit a besoin. Je crée ce dont nos luttes ont besoin. Et ce faisant, j’espère que mon art pourra coïncider avec la lutte de quelqu’un-e d’autre, soulager l’esprit de l’un-e, décoloniser l’esprit de l’autre. Tous ces petits pas nous pousseront vers un monde de libération collective. Aucun empire ne dure éternellement, et celui-ci est en train de s’écrouler.

Enfin, je dis toujours aux artistes « plongez dans les veines de votre environnement. Connaissez votre ville. C’est une lutte constante et déterminée que de rester dans les tranchées. C’est une responsabilité. C’est là qu’habite la vérité. C’est là que réside le pouvoir collectif. C’est là que nous nous libérons.

Revivez le chat en direct avec Vienna, où elle nous a donné un avant-goût des œuvres d’art qu’elle a créées spécialement pour l’Hommage. Elle nous a parlé de ce qui l’a touchée et inspirée pendant qu’elle travaillait sur ce projet.

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A l’AWID, nous reconnaissons que l’art et l’expression créative font partie intégrante de la façon dont les mouvements féministes et de droits des femmes ont fait progresser nos luttes. Nous nous engageons à travailler en étroite collaboration avec des artistes comme Vienna et Carol Rosetti - qui a créé les visuels pour l’édition 2017 de notre Hommage. Les deux artistes ont travaillé avec nous afin d’honorer les féministes et les activistes qui sont décédé-e-s et de rapprocher leur héritage de nos cœurs et de nos esprits.  

Découvrez comment l’art et l’expression créative au sein de l’AWID et au travers de l’organisation seront nourris et renforcés dans le cadre de notre plan stratégique pour co-créer des réalités féministes.

Category
Analyses
Region
Global
Source
AWID