FEAs school attendees and AWID staff during the school session in 2026

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École féministe de l’AWID sur les alternatives économiques possibles : ce qu’il faut retenir

En juillet 2026, l’AWID a rassemblé 30 féministes de la Majorité mondiale qui imaginent, construisent et nourrissent des solutions féministes, afin d’apprendre les une·s des autres sur la manière de construire et de pérenniser des alternatives économiques. Notre groupe était composé d’agriculteur·ices, de chercheur·euses, d’organisateur·ices communautaires, de guérisseur·euses et d’éducateur·ices de 17 pays qui œuvrent à la construction d’économies féministes au service de la vie. Après deux sessions d’apprentissage virtuelles qui ont permis aux participant·es de faire connaissance, nous nous sommes retrouvé·es à Nairobi, au Kenya. Ensemble, nous avons appris, élaboré des stratégies, soulevé des questions et posé les premières pierres d’une communauté. C’est un travail lent et exigeant, mais essentiel. Nous en tirons cinq enseignements pour les activistes qui souhaitent bâtir des alternatives ancrées dans des principes et une praxis féministes. 

1. Protéger les alternatives féministes contre leur récupération par les États

Les modèles économiques féministes portés par les communautés existaient bien avant le système colonial et capitaliste qui domine notre économie politique mondiale aujourd’hui. Des modèles bancaires fondés sur la solidarité à l’agriculture communautaire, en passant par le troc de biens et de services, les économies portées par les communautés ont résisté à l’épreuve du temps et des crises. Si les alternatives féministes se sont maintenues au fil du temps, c’est en partie parce qu’elles sont généralement locales, basées sur la confiance, souples, réactives et tournées vers les besoins de la communauté. Elles subissent pourtant une pression constante de la part des bailleurs de fonds, des États et des institutions gouvernementales, qui les poussent à formaliser leur fonctionnement. Elles sont notamment tenues de s’enregistrer en tant qu’entités formelles, par exemple comme ONG ou entreprise commerciale. Cet enregistrement sert à la fois à les réglementer, à surveiller leur travail, à leur ouvrir l’accès aux financements dont elles ont besoin, à les faire reconnaître comme « légitimes » et, dans bien des cas, à récupérer leur travail. Pourtant, cet enregistrement comporte plusieurs risques. Le premier est celui d’une surveillance et d’une ingérence accrues de l’État dans les activités quotidiennes et les finances de ces initiatives féministes. Le deuxième risque est celui d’une dépolitisation croissante et d’une perte d’autonomie, liées à l'obligation de se conformer aux exigences des bailleurs de fonds, qui accordent des financements restreints, à court terme et liés à des projets, assortis de contrôles stricts (voir la section suivante). Enfin, dans des contextes politiques de plus en plus marqués par l’autoritarisme, l’extrême droite et le fascisme, la visibilité des collectives féministes les expose à des risques accrus.

Au Kenya par exemple, le gouvernement a introduit un projet de loi pour tenter de contrôler davantage les organisations coopératives d’épargne et de crédit (SACCOs) en plaçant leur argent dans un fonds centralisé contrôlé et réglementé par le gouvernement. De plus, le gouvernement tente de limiter le montant d’argent que les membres peuvent retirer des SACCOs tout en proposant d’utiliser les réserves pour investir dans les infrastructures. Dans un pays avec des taux d’intérêt élevés, où seuls environ 30 016 prêts hypothécaires ont été accordés par les banques et où environ 8 millions de personnes font partie des SACCOs, cette mesure risque de déposséder principalement les femmes de la seule sécurité qu’elles ont réussi à construire au fil des années d’épargne.

Pour les communautés de la diaspora africaine au Canada, en revanche, qui ont mis en place leurs propres modèles bancaires communautaires après avoir été exclues des systèmes bancaires formels, la pression pour se formaliser vient généralement des institutions financières. Outre la pression, ces communautés sont confrontées à la stigmatisation en raison d’une méconnaissance des modèles bancaires alternatifs par le grand public. Dans son livre The Banker Ladies: Vanguards of Solidarity Economics and Community Based Banks, la professeure Caroline Shehnaz Hossein constate que les femmes membres des systèmes bancaires communautaires informels, appelés associations rotatives d’épargne et de crédit (ROSCA), sont davantage surveillées par les banques traditionnelles. Certaines craignent même des représailles policières, car les ROSCA sont soupçonnées de favoriser le blanchiment d’argent et d’autres pratiques préjudiciables. Cependant, plutôt que de réglementer les ROSCAs, la professeure Hossein plaide pour qu’elles soient reconnues comme des modèles légitimes. Fondés sur la confiance, ces modèles sont portés par des femmes africaines dont les savoirs méritent d’être valorisés et mis en avant, notamment pour les enseignements qu’ils apportent sur l’économie solidaire. Elle ajoute:  

« Je pense que ce qu’elles enseignent à l’économie solidaire, c’est que la démocratie compte, tout comme le collectif et la réciprocité… Ce sont en quelque sorte les pierres angulaires d’un système d’entraide. Elles reposent sur des valeurs coopératives claires fondées sur la communauté des membres, où les personnes elles-mêmes, qui sont souvent marginalisées, déshumanisées, à qui l’on fait sentir qu’elles n’ont pas leur place dans le capitalisme d’entreprise, se sentent valorisées et accueillies ».

La nature informelle de ces modèles économiques alternatifs leur permet de soutenir leurs communautés tout en préservant leur autonomie. Certaines initiatives féministes choisiront peut-être de se formaliser en s’enregistrant, mais d’autres resteront sans doute indépendantes. Pour celles qui restent informelles, il est essentiel qu’elles ne soient ni pénalisées ni soumises à une surveillance injustifiée pour ce motif. En restant informelles, les alternatives féministes peuvent conserver leur caractère subversif tout en limitant les risques de surveillance, de criminalisation et de répression de la part de l’État et des acteurs anti-droits. La formalisation peut également les soumettre à l’impôt, alors même que les États ne fournissent pas, en contrepartie, de services publics de qualité. Plutôt que de pousser à la formalisation, les États devraient donc donner la priorité au développement de services publics qui, à leur tour, renforceront ces modèles portés par les communautés, afin que les systèmes formels deviennent moins indispensables. Comme l’a exprimé Valiana Aguilar, du collectif Suumil Móokt’áan :

« Nous devons sans cesse rappeler que les communautés n’attendent pas qu’on les organise : elles s’organisent déjà elles-mêmes. Ces économies alternatives reposent souvent sur les relations, la solidarité et la redistribution au sein de réseaux. Elles comportent des éléments organiques de care collectif, de partage des ressources et d’entraide, qui peuvent ouvrir d’autres manières de s’organiser, au-delà des systèmes économiques formels. »

2. Intégrer délibérément l’éthique, la politique et les pratiques de care au sein des groupes et des collectifs

L’une des contributions les plus fondamentales des mouvements féministes à l’économie dominante et aux luttes pour la justice sociale a été d’inscrire le care au cœur des débats, à la fois comme principe d’organisation et comme travail invisible qui fait tenir nos sociétés. En mettant en avant des concepts comme l’organisation sociale du soin, qui analyse la manière dont les ménages, l’État, les marchés et les organisations communautaires interagissent pour répondre aux besoins de soin d’une société, les mouvements féministes ont mis en lumière la répartition inégale du travail de care, qui repose de manière disproportionnée sur les femmes. Ce faisant, ils rappellent aussi que la Construction d’économies féministes durables et équitables nécessite de reconnaître le soin comme un droit humain et un bien public qui devrait être assuré par l’État et accessible à toutes les personnes qui en ont besoin, indépendamment de leur capacité à payer ou de leur situation professionnelle. Le care ne devrait pas être une responsabilité privée assumée principalement par les femmes, mais une responsabilité collective, partagée par l’ensemble de la société.

Au-delà du rôle du care en tant que travail vital, les mouvements féministes en font un principe d’organisation fondamental de la Construction d’économies féministes. Il est à la fois le chemin et l’horizon. Il façonne la manière dont les mouvements avancent autant que les mondes féministes qu’ils construisent. Concrètement, la mobilisation communautaire doit faire du care collectif sa pierre angulaire. C’est une pratique de tous les jours, mais aussi un cadre pour soutenir les activistes et les mouvements. Comme l’exprime Sapphire Alexander, de Caribbean Feminist :

« Notre travail est ancré dans le care collectif… Le care n'est pas quelque chose de séparé du travail ; il fait partie de la manière dont nous nous organisons et nous tenons dans la durée. »

Reconnaître le care comme une infrastructure implique également intégrer des politiques et des pratiques de care au sein de nos organisations et collectives. Pour Crystal Simeoni, qui dirige le Nawi Afrifem Collective, cela passe par la recherche d’une assurance santé qui couvre les proches des membres de l’équipe, et pas simplement la famille immédiate, car les réseaux de care féministes sont plus étendus. Pour Gizem Kendik, cofondatrice de Ihtimam, cela implique de réaliser régulièrement un exercice de cartographie du care avec ses collègues. L’objectif est de renforcer la compréhension mutuelle et l’intimité, mais aussi de rendre visibles les réseaux invisibles de travail de care qui rendent possible l’organisation de la société civile. Cette démarche est née d’un constat personnel. Malgré toute sa volonté, Gizem ne pouvait pas s’engager dans la société civile avec sa grand-mère, car l’organisation de la société civile n’est pas pensée pour les personnes aidantes. Pourtant, son propre travail ne serait pas possible sans le care que lui apporte sa grand-mère.  

« Lorsque les réseaux de care sont reconnus, l’aspect collectif crée la possibilité et la fluidité nécessaires aux mouvements pour agir. »

- Gizem Kendik

Pour Mehrub Awan de la Gender Interactive Alliance (GIA), une organisation qui œuvre pour l’égalité et les droits civiques des personnes transgenres au Pakistan, intégrer le care consiste à garantir des congés flexibles aux personnes qui suivent des soins d’affirmation de genre. Le care est également intégré au Sarfarosh Camp de la GIA, un espace où les personnes trans et queer peuvent tisser des liens forts et partager leurs savoirs, tout en plaçant leur care et leur bien-être au premier plan.  

Ainsi, il est essentiel de construire des solutions féministes fondées sur le care, en l’intégrant à notre quotidien, à notre organisation et à la construction des mouvements.

3. Les financements doivent permettre l’autonomie, et non favoriser la dépendance.  

Les bailleurs de fonds devraient donner la priorité aux besoins des mouvements et des communautés qui construisent et font vivre des alternatives, plutôt qu’à leurs propres programmes définis à l’avance. Le financement devrait également être orienté sous forme de subventions flexibles et structurelles plutôt que de financement par projet. Ces derniers freinent l’organisation féministe, car ils obligent les mouvements à adapter leur travail aux opportunités de financement existantes plutôt qu’à leurs propres besoins. La recherche « Où est l’argent » de l’AWID a révélé que « 63 % des organisations féministes et de défense des droits des femmes déclarent avoir modifié leurs priorités pour être éligibles ou pour augmenter leurs chances de recevoir un financement »1.

En plus de subventions flexibles, les bailleurs de fonds devraient financer les mouvements, qu’ils soient enregistrés ou non. Pour les mouvements, l’enregistrement s’accompagne souvent de charges supplémentaires, notamment des exigences de rapport et de conformité envers les États, qui s’ajoutent aux demandes administratives existantes des bailleurs de fonds2. Les gouvernements autoritaires se servent d’ailleurs d’obligations déclaratives contraignantes pour entraver les mouvements. Ceux-ci finissent par y consacrer le temps et les ressources qu’ils auraient pu mettre au service de leur organisation.3 Le rapport de l’AWID sur un écosystème de financement féministe conclut :

« un écosystème de financement plus sain et plus robuste doit inclure les mouvements et les bailleurs de fonds, en ouvrant un espace pour toute la gamme et la diversité au sein de nos mouvements, y compris les activistes de première ligne, les communautés et les collectives informelles, et pas seulement les ONG établies... »   (p.11)

Permettre l’autonomie des mouvements exige que les ressources soient orientées vers le financement d’alternatives féministes. Les bailleurs de fonds devraient soutenir les communautés afin qu’elles puissent développer des stratégies qui leur permettent de s’épanouir. Ils devraient aussi leur faire confiance : les communautés savent ce dont elles ont besoin.

4. Commencez à planifier la transition pour s’éloigner de la Big Tech 

Construire et faire vivre des économies féministes suppose de prendre conscience que les technologies numériques que nous utilisons chaque jour dans nos organisations féministes ne sont pas de simples outils neutres. Une grande partie des technologies dont nous dépendons, comme les réseaux sociaux tels qu’Instagram ou les messageries comme WhatsApp, appartient en effet à une infrastructure numérique détenue par une poignée de grandes entreprises technologiques communément appelées Big Tech. Ces outils s’inscrivent donc dans une économie politique mondiale dominée par le capitalisme, et leur prolifération entretient des préjudices sociaux, économiques et écologiques. Sur le plan économique, les Big Tech reposent sur la privatisation et sur le contrôle exercé par des entreprises transnationales. Ce modèle enrichit une poignée de milliardaires tout en dépossédant le plus grand nombre et en exploitant son travail. Par exemple, l’essor rapide de l’IA exige la construction de toujours plus de centres de données qui épuisent des ressources déjà limitées, comme l’eau et l’énergie, tout en privant des communautés de leurs terres. 

« Les grandes entreprises qui redéfinissent l’économie des services prélèvent une part de la rémunération des personnes qui travaillent via leurs plateformes, sans leur offrir de protection sociale comme une assurance maladie, une retraite ou des congés maladie. Les grandes entreprises axées sur les données nous transforment en « produtilisateurs » des réseaux sociaux. Principes féministes de l’Internet : Économie

La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons bousculer ces modèles. Il existe des alternatives aux Big Tech, que nous pouvons commencer à adopter dès aujourd’hui. On peut d’abord résister à cette culture des données en limitant les informations et les autorisations que nous accordons aux applications et aux plateformes que nous utilisons, surtout lorsqu’elles ne sont pas nécessaires au service fourni. Bousculer ces modèles, c’est aussi adopter et promouvoir les technologies libres et open source qui offrent une plus grande transparence sur leur code et sur le fonctionnement de l’outil ou du service. Les plateformes open source comme Signal, par exemple, ne collectent pas nos données et sont donc plus sûres. 

Il faut toutefois garder à l’esprit que la migration des outils et plateformes des Big Tech vers des alternatives open source plus sûres est un processus progressif. Comme le souligne hvale vale :

« Nous quittons une pratique où le matériel, qui appartient à des intérêts privés, est déployé avec peu ou pas d’égard pour la planète. Les données sont extraites, compilées, analysées et algorithmisées à des fins exclusivement lucratives. Nous allons vers des infrastructures conçues autrement. Et dans cette transition, on oublie facilement que les êtres humains ont besoin de temps. »

Outre du temps, les mouvements ont aussi besoin de ressources pour rendre ces changements possibles et les inscrire dans la durée. Cela requiert un effort concerté de la part des bailleurs de fonds pour soutenir les mouvements en fournissant des ressources pour faciliter le passage à l’open source et en investissant directement dans ces technologies alternatives. 

« Il ne peut s’agir d’un financement d’un an lié au projet d’un bailleur de fonds, ni du cycle de trois à cinq ans de la planification stratégique d’une institution. Il doit s’agir d’un engagement soutenu, porteur d’espoir et à long terme. »

- hvale vale 

Pour les mouvements, le défi d’ensemble consiste à développer des pratiques et des infrastructures alternatives plus en phase avec le care, le respect de la vie privée, la sécurité collective et les besoins des communautés. De plus, il est important de continuer à demander « quel est l'objectif » au moment de choisir les technologies, les outils et les pratiques à adopter. Dans la mesure du possible, il faut aussi investir dans des approches réutilisables, adaptables et partageables, plutôt que de créer des solutions isolées.

5. La résistance et la régénération, essentielles aux mondes alternatifs que nous construisons.

Si nous imaginons, construisons et faisons vivre des alternatives économiques féministes, c’est en grande partie parce que nous partageons un constat : nombre des défis auxquels font face les mouvements de la Majorité mondiale, notamment les catastrophes climatiques, les inégalités, les services publics défaillants et la dette, trouvent leurs racines dans nos histoires communes de colonisation et d’extraction capitaliste, ainsi que dans les modèles de développement qui nous sont imposés. Mais à ces histoires communes d’oppression répondent aussi des histoires communes de résistance : à l’exploitation minière et à l’extraction, à la dépossession des terres, aux systèmes alimentaires industriels et à l’effacement des savoirs et des pratiques culturelles autochtones. Partout, les communautés se mobilisent, contestent et reconstruisent. En Colombie, le Comité Ambiental en Defensa de la Vida (CADV) s’est organisé et a fait échouer un projet minier à Cajamarca. En Afrique du Sud, la Rural Women’s Assembly, lutte contre la marginalisation des agricultrices rurales à travers des campagnes comme One Woman One Hectare, qui défend leur accès à la terre, favorise le partage des savoirs autochtones et fait progresser la souveraineté alimentaire.  

Pour Serapeng Se Ditlhare and Environment, une organisation communautaire menée par des femmes à Waterdal, en Afrique du Sud, une réponse féministe à la précarité énergétique consiste à explorer ce que pourrait être une économie bas carbone au sein de leur communauté. Cela passe par l’expérimentation et la création de technologies alternatives à partir de matériaux recyclés, en veillant à ce que les femmes en pilotent la conception, le développement et la mise en œuvre. Grâce à cette initiative, elles ont développé des technologies bas carbone, comme des digesteurs de biogaz et des cuiseurs paraboliques en utilisant de l’acier inoxydable provenant de casses, des briques issues de briqueteries désaffectées et du polystyrène mis au rebut, entre autres. Comme le résume Mamosweu Tsoabi :

« Le principe est de travailler avec des ressources déjà disponibles et d’éviter de créer une demande supplémentaire pour l’extraction et la production. »

Pour Wangũi wa Kamonji, la Construction d’économies féministes nécessite de désapprendre la manière dont les systèmes capitalistes nous ont déconnectés de la terre et des connaissances ancestrales sur la façon de la gérer. À travers From The Roots, Wangũi cherche à créer des espaces de transformation, comme le Serian Sanctuary. Les membres peuvent y découvrir les pratiques ancestrales, renouer avec la terre et contribuer à sa guérison.  

Wangũi wa Kamonji during the FEA School

« Au fond, la régénération repose sur la collaboration communautaire et l’incarnation de la souveraineté. Si nous ne sommes pas des êtres souverains, nous ne pouvons pas disposer pleinement de notre volonté ni être en lien avec notre moi profond. Nous devons tendre vers une plus grande connexion avec la terre : apprendre à cultiver notre propre nourriture, travailler avec l’eau et écouter la terre. »

- Wangũi wa Kamonji

Ces initiatives féministes nous rappellent combien il est crucial de renouer avec la terre et de l’écouter, de comprendre nos systèmes alimentaires et de préserver les savoirs autochtones et ancestraux. C’est ainsi que nous construirons des économies justes, régénératrices et prospères, qui soutiennent la vie.

Au cours de ces cinq jours passés ensemble, une chose est apparue avec évidence : alors que les féministes continuent de s’organiser dans leurs communautés, des espaces comme notre École féministe sont plus nécessaires que jamais. L’emprise des entreprises sur les espaces d’élaboration des politiques multilatérales comme la COP, les réductions de financements affectant gravement les Nations Unies ou encore la poussée des groupes anti-droits dans les espaces de politique des droits des femmes comme la Commission de la condition de la femme montrent que l’espace laissé à la société civile se rétrécit à une vitesse alarmante. C’est pourtant dans des moments comme celui-ci que nous devons continuer à nous mobiliser au sein des communautés et à bâtir des réseaux qui transcendent les frontières. Nous devons revenir aux fondamentaux de l’organisation : tisser des liens forts, apprendre les un·es des autres et partager des stratégies pour construire et renforcer le pouvoir, les solutions et les alternatives qui naissent de nos luttes communes. 

Les espaces d’apprentissage comme les écoles féministes offrent aux mouvements une échappatoire à l'isolement qui accompagne souvent l’activisme dans un monde néolibéral qui détruit notre tissu social. Ce sont aussi des espaces pour réfléchir, expérimenter et construire une solidarité entre régions et entre mouvements. Les communautés de pratique, les réseaux et les confluences d’alternatives féministes sont les piliers dont nous avons besoin pour bâtir des mondes féministes durables, qui sont fondés sur le care et célèbrent la vie.

Nous remercions chaleureusement Zinzi Mutiso, qui a assuré le travail essentiel de documentation de cette rencontre.

  1.  Où est l’argent : un plaidoyer documenté pour soutenir les organisations féministes https://www.awid.org/fr/witm, p.66

  2. AWID Où est l’argent ? , https://www.awid.org/fr/witm p.67

  3. Ibid.

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Analyses
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