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5 mythes sur le G20

Ana Ines Abelenda

Inna Michaeli

Valérie Bah

Chaque fois qu'il siège, le sommet du G20 attire des manifestant-e-s de tous les horizons.

Le G20 rassemble les gouvernements et les gouverneurs des banques centrales de 19 des plus grandes économies du monde, ainsi que l'Union européenne (UE). Depuis sa création, il s’agit d’un groupe auto proclamé qui souhaite définir des orientations financières et économiques pour le monde entier. Les voix des personnes marginalisées du pouvoir économique - la majorité des États et la société civile - sont laissées de côté.

En même temps, les sociétés transnationales jouent un rôle central au sein du G20 en influençant les recommandations et les décisions, y compris celles concernant l'autonomisation économique des femmes. Des représentant-e-s du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale font partie des invités réguliers. Ensemble, ils plaident pour que les régimes de libre-échange et la croissance économique soient les principaux moteurs de l'agenda plutôt que le respect des droits humains et la justice sociale et économique.

 

En effet, malgré la croyance populaire, la « croissance économique » et l'augmentation du produit intérieur brut (PIB) n'apportent pas de meilleures conditions de vie pour la population, et les accords de libre échange et d'investissement se sont avérés avoir effets destructeurs sur la vie des gens et sur l'environnement. En d’autres termes, le G20 est un véhicule de la mondialisation néolibérale qui profite à une minorité très riche aux dépens du reste d’entre nous.

Le sommet de cette année, qui se tiendra à Buenos Aires du 30 novembre au 1er décembre 2018, a déjà mobilisé plusieurs mouvements sociaux, y compris des mouvements féministes, de la région et d'ailleurs pour s'opposer à l'agenda néolibéral du G20. Une semaine d'action est prévue en prélude à la réunion officielle du G20. Le Forum féministe contre le G201, une coalition composée de mouvements et de communautés de mouvements féministes, de la classe ouvrière, migrants, autochtones, paysans, afro-descendants, lesbiennes, trans et queer latino-américains mène une vive résistance au programme néolibéral du sommet. S'appuyant sur l'expérience du Feminist Forum against the World Trade Organization (Forum féministe contre l'Organisation mondiale du commerce) tenu l'année dernière dans la même ville de Buenos Aires, un pouvoir féministe collectif contre le néolibéralisme se dessine.

Le Forum féministe a dénoncé le G20 pour son « pinkwashing », une stratégie de marketing d'entreprise qui utilise l'apparence d'inclusion de genre pour « vendre » une image positive plutôt que de proposer des politiques qui amélioreraient la vie des femmes et des communautés LGBTQI.


Dans cet esprit, cinq membres du Forum féministe contre le G20 provenant d'Amérique latine et d'Afrique ont exposé les mythes courants entourant le G20 dans le cadre d'un webinaire tenu le 10 octobre 2018. Parce que les décisions prises par le G20 influencent notre vie quotidienne plus que nous le savons, voici quelques idées fausses à propos desquelles vous devriez rester à l'affût :

Mythe n°1 : Le G20 représente le monde entier.

Le G20 a été créé en 1999 en tant que forum permettant à 19 gouvernements et banques centrales de discuter et de coordonner la politique économique au niveau mondial. Au début seuls les ministres des finances y assistaient, mais suite à la crise économique de 2008 les rencontres ont commencé à inclure des chefs d'État

Selon Luciana Ghiotto, de Argentina Mejor sin TLC (Une meilleure Argentine sans ALC) - une assemblée d'organisations argentines contre les accords de libre échange et Transnational Institute (TNI), les décisions politiques prises lors du G20 peuvent ne pas être obligatoires, mais elles ont certainement un impact sur les pays absents. Pour cette raison, elle a souligné le caractère restreint du G20, qu'il maintient sur la base d'une concentration de la prise de décision entre les mains des principales puissances économiques du monde et de leurs lignes idéologiques.

« En réalité, vous avez un petit nombre de pays, tels que l’Afrique du Sud, l’Argentine et le Mexique, représentant des continents entiers (Amérique latine et Afrique). En fait, ce que nous constatons à propos des pays « délégués », c'est qu'ils sont alliés des États-Unis, mais qu'ils n'ont pas la capacité réelle de représenter des continents entiers », a critiqué Luciana.

Mythe n°2 : Le genre est devenu de plus en plus une préoccupation dans l'agenda du G20.

Comme d’autres avant lui, le prochain G20 définit les « réussites professionnelles de femmes au secteur privé » comme une autonomisation économique des femmes en général. Cette vision étroite fait complètement fi de l'impact dévastateur des politiques économiques néolibérales préconisées par le G20, comme l'austérité et la privatisation, sur les inégalités de genre et la vie des femmes. Comme l'a observé Corina Rodrígues Enríquez de Development Alternatives with Women for a New Era (DAWN), les réductions des dépenses publiques dans des secteurs clés tels que la santé et l’éducation frappent plus durement les femmes et les empêchent de jouir de leurs droits fondamentaux.

Au contraire, l'opinion dominante avancée par le G20 est « centrée sur la responsabilité sociale des entreprises plutôt que sur la responsabilité de l'État », a expliqué Corina. Ce discours suggère que les femmes doivent seulement « surmonter » les difficultés économiques qu’elles rencontrent, masquant les inégalités structurelles - fondées sur le sexe, la race et la classe sociale - qui sont enfouies dans et perpétuées par l’économie néolibérale.

Pour cette raison, soutient Corina, les propositions soumises par le Women20 (W20), un groupe d'affinité créé par le G20 officiel pour débattre de l'autonomisation économique des femmes, promeuvent des formes vaines d'inclusion financière, telles que l'accès au crédit qui augmenterait l'endettement des femmes.

En outre, l’objectif du G20 est généralement influencé par le pays qui en assume la présidence. La présente édition du sommet est présidée par le gouvernement argentin, qui est actuellement dirigé par une coalition néolibérale de partis de droite et avec une vision essentiellement conservatrice des droits des femmes.

« Pour vous donner une idée de leur ligne politique ; la personne qui dirige actuellement le W20 est Susana Balbo, une femme d’affaires du secteur viticole qui a quitté son siège au parlement pour faire ce travail. Si elle avait occupé son siège parlementaire lors des discussions sur l'avortement légal, elle aurait voté contre » signale Corina.

Selon Corina, il s'agit d'une tactique de longue date utilisée par les entreprises et les États pour masquer leurs intentions en matière d'égalité de de genre : « Il y a une forte tendance au pinkwashing - on joue à être préoccupé pour les femmes sans avoir aucun vrai respect pour leurs droits humains. » elle a ajouté.

Mythe n°3 : L'engagement des entreprises est toujours une bonne nouvelle pour le     développement

Business20, ou le B20, se présente comme la « voix du secteur privé dans la communauté du G20 ». Leurs délibérations sont préoccupantes si l’on tient compte du fait que les plus grandes entreprises mondiales sont basées dans les pays du G20 (en particulier dans le Nord, mais également au Japon et en Chine) et ont plus de pouvoir économique que de nombreux pays.

Le groupe B20 qui s'est réuni à Buenos Aires au début du mois d'octobre 2018 a approuvé un communiqué qui révélait le désir du secteur privé de participer aux programmes de développement internationaux. En réfléchissant sur le langage utilisé dans le document, Fernanda Hopenhaym de PODER, a déclaré : « On y retrouvaient des recommandations qui semblaient progressives, telles que « l’employabilité inclusive », mais si vous essayez de mettre au clair le contenu de ce communiqué, ils recherchent « la simplicité, la transparence et la flexibilité » dans leurs pratiques d’emploi, pour pouvoir « participer au programme de développement ».

Cela peut paraître innocent ou même de bonne volonté, mais on doit d'abord aborder la composition du B20 pour comprendre ses véritables intérêts. Les entreprises et les élites économiques bénéficient d’énormes richesses, avec un programme clair contre sa redistribution, ainsi que contre les politiques de protection sociale et de protection de l’environnement. Leur désir de transformer leur pouvoir économique en pouvoir politique dans des instances intergouvernementales telles que le G20 n'est pas moins préoccupant.

Comme l'a souligné Fernanda, « il y a une forte concentration de richesse dont on ne parle pas. Les recommandations du B20 ne traitent pas de ce genre de choses, même si, selon le slogan du G20, « People First », tout est censé indiquer tourner autour de comment les pays devraient avoir des investissements publics dans les infrastructures. Nous sommes conscient-e-s que le type de discours public et les recommandations qui ont été avancées n’ont rien à voir avec cela. Ils essaient simplement de mettre un beau visage sur le capitalisme et la concentration de la richesse. »

Mythe n°4 : Le G20 peut aider à « développer » l'Afrique

L’Afrique du Sud est l’unique membre du G20 « délégué » de la région africaine qui comprend 54 pays. Il y a là de quoi réfléchir.

Nancy Kachingwe, conseillère politique indépendante, a évoqué la continuité des processus coloniaux et impériaux en réfléchissant sur l’impact des délibérations du G20 sur la région.

« Il y a toujours une ruée vers l'Afrique, et nous constatons que beaucoup des différentes puissances du G20 voient le continent comme une sphère d'influence et voudraient accéder à ses ressources. Cela soulève la question de savoir si ce sommet du G20 représente une nouvelle conférence de Berlin, avec mission de se partager le continent. Dans une perspective panafricaniste, nous devons agir collectivement et utiliser notre propre influence. » Nancy a commenté.

Selon les observations de Nancy, « le G20 ne peut se substituer à la prise de décision que les pays africains peuvent avoir dans des espaces multilatéraux ». D'autre part, elle a fait valoir que le G20 pourrait devenir utile au continent s'il utilisait le pouvoir économique de ses membres pour réguler le système financier, notamment en ce qui concerne les flux financiers illicites - les mouvements illégaux de capitaux et de richesses hors d'Afrique - qui ont de graves répercussions sur la justice de genre et le développement global de la région. »

Mythe n°5 : Les revendications des critiques du G20 sont dispersées et désorganisées

De Toronto à Hambourg, les principaux médias ont souvent décrit les actions contre le G20 comme désorganisées destructrices, les rejetant souvent comme les « tactiques violentes du Black Bloc ».

Au contraire, les mouvements de la société civile argentins et internationaux sont coordonnés, productifs et prêts à affronter le G20 d'une manière qui énonce très clairement leurs revendications. Ils préparent actuellement des mobilisations publiques pour dénoncer l'agenda néolibéral du G20, du FMI et de la Banque mondiale dans le cadre d'une semaine d'action qui se tiendra du 25 novembre au 1er décembre à Buenos Aires, en prélude du sommet G20 officiel.

Le Forum féministe contre le G20, dans le cadre de cette organisation, s'inscrit dans la montée de la résistance féministe au néolibéralisme et à la recherche d'économies alternatives reposant sur la justice sociale, économique et la justice de genre.

« Nous avons beaucoup entendu parler d'agenda et d'acteurs différents, mais pour décrire la mobilisation des femmes, je dois remonter à décembre 2017, à un moment où nous organisions un forum féministe contre l'OMC, ou nous avons créé un espace pour nous renseigner sur la nouvelle vague d'accords commerciaux dans nos régions et sur les alternatives. Les femmes se sont réunies au sein du sommet des peuples pour comprendre et se renseigner. Nous nous sommes réunies dans un espace diversifié. Nous avons eu des femmes du monde entier, des femmes rurales, des femmes urbaines, des femmes du mouvement des dissidentes sexuelles, des femmes actives dans différents syndicats. C'était un espace diversifié qui nous a montré qu'il y avait une soif pour le développement d'alternatives » a affirmé Alejandra Scampini de DAWN, Uruguay.


Regardez le wébinaire en entier : « Feuille de route des féministes contre le G20 »

(aussi disponible en anglais)

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Category
Analyses
Source
awid