L´AWID est une organisation féministe mondiale qui consacre ses efforts à la justice de genre, au développement durable et aux droits humains des femmes

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© Adolfo Lujan | Flickr (CC BY-NC-ND 2.0) - modified

Projet X : Raconter des « histoires passées sous silence » sur le travail du sexe

Une organisation de droits des travailleuses du sexe à Singapour révèle la stigmatisation et la discrimination qui alimentent la violence contre les travailleuses du sexe et leurs communautés.


Basée à Singapour, Bella est une travailleuse du sexe migrante et trans. Voici son témoignage:

« Ils [la police] nous traitent comme des terroristes et détruisent nos habitations [pendant les raids]. Nous n'aimons pas être traitées comme ça, comme si nous étions des criminelles. Ils viennent nous inquiéter, mais d’un autre côté ils ne nous octroient pas de licence et il n’y a pas d’emplois pour nous  à Singapour. Nous voudrions obtenir des licences, mais le processus n'est pas facile. Certains emplois nous obligent à nous couper les cheveux et à nous présenter comme des hommes. C'est aussi pour cela que nous sommes des travailleuses du sexe. »

Un rapport rendu lors de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (en anglais) et qui reprend le témoignage de Bella, traite des nombreux défis juridiques, sociaux et économiques rencontrés par les travailleuses migrantes et du sexe, ainsi que par les femmes trans à Singapour.

Sherry and Lisa at CEDAW 68
© Sherry Shequeshaa and Lisa Ja'ffar

Prenons, par exemple, les violences policières auxquelles les travailleuses du sexe sont confrontées et le fait qu'elles sont avant tout traitées comme des criminelles et pas comme des travailleuses. À Singapour, beaucoup d’entre elles travaillent dans un cadre juridique pour le moins flou, où la cité-État considère leur travail comme illégal mais le « gouvernement leur permet d'opérer dans des zones de prostitution désignées, dans des bordels réglementés et surveillés par la police, et ce en dépit de la loi » (lien en anglais).  Alors que certaines travailleuses du sexe peuvent obtenir une « carte jaune », (une sorte de licence), d'autres ne sont pas éligibles si elles ont plus de 35 ans, si elles ne sont pas originaires de pays comme la Chine, le Vietnam, la Thaïlande, la Malaisie ou de Singapour, ou encore si elles ne sont pas légalement reconnues comme étant de genre féminin.

Les travailleuses migrantes sont soumises à des restrictions encore plus sévères, et celles qui sont considérées comme des « illégales » encore plus, la crainte de la déportation faisant partie de leur réalité quotidienne.

Par ailleurs, les personnes trans sont extrêmement vulnérables étant donné la stigmatisation sociale et la discrimination auxquelles ils-elles sont soumis-es. Elles-ils ont donc du mal à trouver un emploi dans une société qui est remplie de préjugés à leur égard. Les représentations générales que l’on retrouve dans les médias à propos des travailleurs et travailleuses du sexe ne contribuent pas souvent à désamorcer cette stigmatisation, au contraire :

« La représentation sensationnaliste des travailleurs et des travailleuses du sexe les dénigre et les déshumanise, encourageant les préjugés du public, alimentant davantage la stigmatisation qui cause l'ostracisme social et la discrimination en matière d'emploi et la violence. » ( 68ème session du Comité de la CEDAW : Rapport des parties prenantes - par des travailleuses du sexe de Singapour, en anglais).

Projet X lutte contre les obstacles systémiques que rencontrent les travailleuses du sexe qui essaient de travailler et d’en vivre. L'organisation est la première et la seule organisation de droits des travailleuses du sexe à Singapour qui, par le biais de toute une série d’actions, sensibilise le grand public pour faire évoluer les visions négatives et traditionnelles du travail du sexe et des personnes qui font ce travail. Comme le dit Vanessa Ho, la directrice de Projet X, « le travail du sexe est un sujet dont personne ne veut parler ».

Histoires passées sous silence

Pour transformer le silence en histoires, images, voix et dialogues, l'organisation développe, avec ses partenaires et des allié-e-s, des campagnes médiatiques et de sensibilisation du grand public. Ces campagnes utilisent tant la forme écrite, que la photographie, ou encore des caricatures humoristiques.

En 2017, l'organisation s'est associée à « Dear Straight People » (chers hétéros, site en anglais), une publication LGBT en ligne de premier plan basée à Singapour, pour diffuser des « Histoires passées sous silence » racontées par des travailleuses du sexe. Ces témoignages illustrent le fait que les travailleuses du sexe ne vivent pas toutes la même expérience, mais qu'elles vivent chacune des histoires uniques et interconnectées. Un aspect très important de cette initiative est que ce sont celles qui ont vécu ces expériences qui les racontent. En voici quelques-unes :

Sandhya, 40 ans : « Je viens d'une famille de pasteurs. Mes oncles et tantes sont tous et toutes des pasteurs et des responsables de culte, et donc cela a été très compliqué pour moi de faire ma transition. Pour eux, c'était une ultime trahison. Ils et elles ne pouvaient pas comprendre pourquoi je faisais une transition et me citaient des paragraphes de la Bible me disant que la transition était un péché ... Quand mon oncle est passé, il a dit à ma mère qu'il était temps pour eux de m'accepter. Il a dit que si eux ne m'acceptaient pas, les autres ne m'accepteraient pas non plus ... ».

Sherry, 25 ans : « Si vous m’aviez demandé il y a 5 ans ce que je ferais maintenant, je n'aurais jamais cru que je travaillerais comme activiste pour le Projet X et que je m’adresserais au grand public pour le sensibiliser à la question du travail du sexe... ».

Qistina Asyurah alias Echa, 37 ans : « Je suis une très bonne cuisinière et mon objectif est d'ouvrir mon propre étal d’alimentation musulmane bientôt. Je viens d'une famille de bons cuisiniers. En ce moment, je suis en train d'économiser. Mon plat fétiche est le Ayam Lemak chilli padi... ».

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© Kyle Ngo
Photo tirée de Sisters (sœur), un reportage photo issu d’une collaboration entre Project X et le photographe Kyle Ngo.
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© Kyle Ngo
Photo tirée de Sisters (sœur), un reportage photo issu d’une collaboration entre Project X et le photographe Kyle Ngo.

L’importance des mouvements

En août 2016, Projet X a rejoint à l'AWID en tant que membre institutionnel. En plus de son travail de sensibilisation auprès des médias et du grand public, l’organisation affirme que l'intersectionnalité et le renforcement des mouvements sont importants pour le changement social et la justice. Il est crucial de renforcer les solidarités, les partenariats et les alliances. Pour en savoir plus sur le projet X et sur comment s'impliquer.

Pour en savoir plus sur le projet X et sur comment s'impliquer.

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Nom
Project X
Région
Asie du Sud-Est et du Sud
Membre depuis
08.2016
Sujets
Travail du sexe
En bref

Projet X  lutte contre les obstacles systémiques que rencontrent les travailleuses du sexe qui essaient de travailler et d’en vivre. L'organisation est la première et la seule organisation de droits des travailleuses du sexe à Singapour.