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© Adolfo Lujan | Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Signez la lettre : Arrêtez la guerre illégale et immorale que la Turquie mène contre les femmes !

Le mouvement des Femmes kurdes appelle les féministes du monde entier à se souvenir de Afrin et à raviver le feu de solidarité avec les femmes qui construisent société de libération des femmes en plein milieu de la guerre. 

Lisez cette lettre et envoyez un email au mouvement des femmes kurdes d’europe pour y ajouter votre signature.


Arrêtez la guerre illégale et immorale que la Turquie mène contre les femmes !

Nous rédigeons cette lettre ouverte pour réclamer la fin de toutes les formes de violence à l’égard des femmes dans le canton d’Afrin, dans le nord de la Syrie, et pour que la communauté internationale presse la Turquie d’y retirer ses forces militaires. Nous réclamons justice pour les nombreuses victimes des crimes perpétrés par les milices soutenues par la Turquie, et le retour des milliers de personnes déplacées internes (PDI) qui ont dû fuir Afrin suite à l’invasion par la Turquie.

Kurdish Women Marc Against ISIS in London
© Isabel Marler

En janvier 2018, la Turquie et les milices alliées syriennes ont pris d’assaut le canton d’Afrin, qui faisait partie de l’autorité de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Cette agression illégale avait pour but ultime de modifier la dynamique démographique de la région, historiquement à majorité kurde et incluant des communautés Yezidi et Alevi minoritaires. Plus des deux tiers de la population d’Afrin a ont été déplacés du fait de cette brutale invasion et de l’occupation, qui perdure jusqu’à ce jour.

Outre le nettoyage ethnique recherché, l’invasion et l’occupation d’Afrin visaient également spécifiquement les femmes. Les femmes d’Afrin avaient créé et mis sur pied des lois, institutions et politiques parmi les plus progressistes au monde, de lutte contre toutes formes de violence et de discrimination contre les femmes. Elles avaient également veillé à ce que les femmes soient représentées et dotées de pouvoir à tous les niveaux décisionnels, qu’ils soient politiques ou militaires.

Les forces d’occupation ont non seulement réduit ces progrès à néant, mais continuent de terroriser les femmes à l’origine de ces évolutions.

Des groupes de l’armée nationale syrienne (ANS) soutenus par les Turcs ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité visant les femmes, notamment des viols et des mariages forcés. Depuis 2018, plus de 200 femmes et filles, dont les identités sont connues, ont été enlevées par des groupes armés. Les violences sexuelles et la torture sont pratiques courantes dans les lieux de détention de l’ANS, mais la stigmatisation autour de la révélation de ces crimes et l’incapacité à en parler publiquement, en raison des risques encourus sous le régime d’occupation, laissent présager une prévalence vraisemblablement bien supérieure à ce que l’on en sait.

L’occupation a également fortement augmenté les discriminations sociales et politiques à l’égard des femmes et des filles, et entraîné une recrudescence des pratiques néfastes précédemment interdites par l’AANES. Les femmes et les filles d’Afrin ne se sentent plus en sécurité en dehors de leur maison si elles ne respectent pas les codes vestimentaires religieux très conservateurs et ne sont pas accompagnées par un homme de leur famille. Les taux de mariage des enfants ont également augmenté, du fait des pressions exercées par les groupes armés sur les familles ayant des filles célibataires. Les autorités religieuses officielles affiliées à l’ANS, soutenue par la Turquie et le gouvernement intérimaire syrien (GIS), ont annoncé que le meurtre de femmes par leurs proches masculins est parfois autorisé.

L’AANES était l’unique autorité politique syrienne à interdire la polygamie, les mariages forcés et mariages des enfants, et à considérer que les « crimes d’honneur » sont des meurtres comme les autres. Ces protections étaient rigoureusement appliquées à Afrin, tout comme les lois garantissant l’égalité dans l’héritage, le mariage, le divorce et autres questions de statut personnel. Le canton avait adopté en 2014 des lois historiques relatives aux femmes, visant spécifiquement à résoudre les inégalités existantes dans la loi syrienne. Le GIS a comparé ces lois à celles mises en application par DAECH.

En matière de discrimination politique, les femmes représentent aujourd’hui moins de 10 % des membres du gouvernement local soutenu par la Turquie. Certains conseils appuyés par les Turcs ne comptent aucune femme. Et pas une seule femme n’occupe actuellement de poste décisionnel dans aucun des conseils locaux d’Afrin.

Sous l’AANES, la loi exigeait que les femmes représentent 40 % de tout corps élu, et les postes décisionnels étaient répartis à parts égales entre femmes et hommes par le biais d’un système de coprésidence. Des conseils et assemblées parallèles de femmes coexistaient avec les organes mixtes et  disposaient du pouvoir de rejeter leurs décisions législatives relatives aux droits des femmes.

D’après la Commission d’enquête sur la Syrie de l’ONU, les schémas de discrimination et de violence infligées aux femmes par les forces d’occupation à Afrin ont engendré « un climat généralisé de peur qui a pour effet de les confiner dans leur domicile ». De nombreuses femmes ont même fui Afrin avec leur famille à cause des menaces de violences sexuelles et basées sur le genre, laissant supposer que ces crimes jouent un rôle non négligeable dans les déplacements de masse et modifications démographiques imposées.

Cette guerre illégale et immorale contre les femmes ne peut plus durer.

Ainsi, nous, organisations féministes, organisations pour les droits humains et personnes préoccupées par la situation, exigeons :

  • qu’une enquête internationale impartiale soit menée sur toutes les formes de violence et de discrimination à l’égard des femmes à Afrin;
  • que l’ensemble des acteurs de violences sexuelles et basées sur le genre à Afrin, et les personnes dotées de pouvoir de commander à ces acteurs de perpétrer ces crimes, soient présentés devant la justice;
  • que des pressions internationales soient exercées sur la Turquie et l’ANS afin qu’elles se retirent d’Afrin et permettent aux personnes déplacées de retourner chez elles, dans le cadre de tout règlement politique en Syrie; et
  • qu’un soutien accru soit accordé aux PDI déplacées d’Afrin, qui vivent actuellement dans d’autres régions de la Syrie.

Signez cette lettre en envoyant un email au mouvement des femmes kurdes d’Europe

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