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© Adolfo Lujan | Flickr (CC BY-NC-ND 2.0) - modified

Que l'invisible soit visible : manifeste d'un.e culturiste au genre fluide à Hong Kong

Siufung Law (@siufung_law), Hong Kong

« 97...! 98…! Où est 98? 98! Veuillez revenir dans la queue!... 99! 100...! » La gérante des coulisses a demandé sans relâche à chaque athlète de faire la queue dans les coulisses humides, en sueur et surpeuplées. Le culturisme pour femmes était la première catégorie de la journée de la ligue professionnelle quinze femmes musclées et costaudes se frottant muscle à muscle, pressées dans les coulisses étroites et attendant impatiemment leur tour de montrer leur aura sur scène. Parées de bikinis et de maquillage stylisés et idiosyncratiques, ces femmes mettaient la touche finale en pompant leurs muscles développés à point, répétant des mouvements révélateurs dans l'espoir de laisser une impression indélébile au conseil des juges. 

Siufung était le numéro 99, et c'était son début professionnel dans le culturisme pour femmes. Comme il y avait trop de monde sur une même ligne, les femmes ont dû être séparées en deux lignes. Siufung était habillé.e tel.le.s les autres femmes : un physique bronzé qui soulignait la musculature du corps; les cheveux coiffés par le styliste professionnel recruté personnellement par Siufung; les bracelets en argent brillant sur ses deux poignets et le maquillage assorti avec son bikini lavande pour montrer la féminité sous les muscles ciselés. Alors qu'iels attendaient en ligne, Siufung a alors examiné les autres concurrent.e.s, sentant une intensité, une tension et une nervosité familières. La plupart d'entre iels avaient l'air agité.e.s, légèrement anxieux.ses et grincheux.ses. Ielles s'entrejaugeaient furtivement. Avec ses muscles surgonflés, Siufung avait l'air relativement détendu.e, alors qu'ielle montait sur scène pour fléchir dans les poses de rigueur. Le sourire éclatant de Siufung a éclipsé les concurrent.e.s, représentant ainsi l'un.e des rares femmes asiatiques à concourir sur une plateforme interne professionnelle de l'histoire. 

FR Mag - Siufung Law
Débuts professionnels de culturisme de Siufung en Roumanie 2019.

Le culturisme pour femmes a été considéré par les féministes comme un sport qui remet en question les hypothèses rigides du genre et du corps. Les femmes culturistes sont d'excellents exemples de réalités féministes car elles défient ces notions conventionnelles. En développant leur musculature, ces femmes redéfinissent le sens des muscles. « Les muscles n'ont pas de genre », a déclaré Siufung dans une interview donnée aux médias.  « Les hommes et les femmes ont la même anatomie musculaire. Ça résiste aux présomptions stéréotypées que les muscles n’appartiennent qu’aux hommes, et uniquement aux hommes ». 
 
Siufung a été désigné.e femme à la naissance. Ielle s'identifiait comme lesbienne au lycée. À Hong Kong, où il y avait un manque de culture sportive et une obsession pour l'excellence académique, son père, directeur adjoint de son école, avait la conviction que poursuivre des intérêts sportifs aurait un impact négatif sur la réussite scolaire. Il croyait également que de nombreuses athlètes féminines dans les écoles pour filles étaient des garçons manqués, essayant d'attirer l'attention d'autres femmes en faisant du sport. Siufung fut interdit.e de faire du sport, jusqu'à ce qu'ielle soit à l'université. À ce moment, ielle a rejoint l'équipe de cross-country et d'aviron de l'école, pour ensuite devenir membre de l'équipe féminine de bateau-dragon de la ville.

Voguant d'un sport à l'autre, Siufung a finalement trouvé sa place dans la musculation. 

Siufung a développé une fascination pour ce sport intéressant mais paradoxal : un sport qui simultanément se conforme et résiste aux hiérarchies de genre. Comme la plupart des sports, la musculation est largement dominée par les hommes : bon nombre des évènements sont diffusés par des sponsors masculins et jugés par des officiels, principalement masculins, tout ceci pour divertir un public essentiellement masculin. Les femmes culturistes sont extrêmement marginalisées à l'intérieur et à l'extérieur du sport. Souvent considérées comme trop musclées et monstrueuses pour être présentées dans les magazines de fitness, les femmes culturistes reçoivent beaucoup moins de publicité et de parrainage. Alors que la Femme culturiste était la première des nouvelles catégories pour femmes, des catégories telles que Femmes physique, Femmes figures, et Bikini fitness, qui nécessitent plus de tonification musculaire et moins de musculature, ont été créées ces dernières années. Les femmes culturistes ont été encore davantage mises à l'écart dans la communauté culturiste, lorsque la catégorie Culturisme féminin a été annulée en 2015 par la prestigieuse compétition The Olympia, laquelle ne fut reprise qu'en 2020. 

La catégorie a été refaçonnée pour mettre en valeur la féminité parallèlement à la musculature. Les codes exacerbés de féminité sont observés non seulement sur la scène de musculation, mais aussi hors scène. Sur les réseaux sociaux, ce n'est pas rare de trouver des femmes culturistes maquillées, portant des ongles polis et des tenues féminines pour mettre en valeur leur féminité au gymnase, comme si c'était pour compenser la muscularité qui rend leur corps « masculins ». Bien que ces femmes soient considérées comme résistant aux notions sexuées de masculinité et de féminité en développant des quantités de muscles sur leur corps, leur féminité accrue est néanmoins conforme aux idéaux stéréotypés de la femme. 

Un an avant que Siufung ne trouve sa passion dans la musculation, ielle s'est rendu compte de son désir d'être socialement identifié.e comme un homme et est sorti.e du placard en tant qu'homme transgenre en 2013. Au cours de sa première année de formation en tant que culturiste, Siufung n'a pas pensé à concourir sur scène. Puisque Siufung était et est toujours légalement une femme, la simple idée de porter un bikini sur scène l'horrifiait car ielle pensait que le bikini était un vêtement féminin. Luttant entre son identité de genre et la passion du culturisme, Siufung a commencé à poursuivre des recherches universitaires dans les études transgenres dans l'espoir de trouver une solution à sa question : « Dans quelle mesure une personne peut-elle incarner les deux identités de genre? » 

Siufung a participé à son premier spectacle de musculation et remporté le titre de champion général de la division Open Women Physique en 2015. En 2018, Siufung est devenu.e un.e culturiste femme professionnelle auprès de la Fédération internationale de bodybuilding et fitness. La victoire a conduit à la nouvelle réalisation de Siufung de son corps : ielle a non seulement surmonté sa peur de porter un bikini mais également appris à aimer interpréter la féminité sur scène. Loin d'être une restriction, la musculation a fourni une plateforme pour apprendre et désapprendre constamment les codes genrés. Ielle aime sa féminité autant que sa masculinité; c'est son souhait d'être identifié.e à la fois comme une femme et un homme. Selon le contexte, ielle ne s'identifie plus comme un homme transgenre.  

L'expérience unique de Siufung défie le contrôle réglementaire sur les culturistes femmes dans leurs codes de féminité exacerbés. Son identification en tant que personne non binaire et au genre fluide a semé la confusion au sein des communautés de musculation, en particulier lorsque Siufung semblait être socialement plus masculin, bien que son expérience ait inspiré les culturistes femmes et les athlètes transgenres à être plus courageux.ses. Pendant ce temps, la persistance de Siufung à vivre à sa manière a provoqué des discussions profondes sur la participation des personnes transgenres à la musculation. Par exemple, Siufung est le.la seul.e ambassadeur.rice sportif.ve au genre fluide des Gay Games Hong Kong 2022, un festival international de la diversité qui s’étale sur 9 jours avec des évènements multisports, artistiques et culturels organisés par la communauté LGBT+. Son espoir est d'apporter une troisième catégorie de genre dans le culturisme et dans la plupart des sports. Ielle est également un.e ambassadeur.rice professionnel.le d'Athlete Ally, visant à mettre fin à l'homophobie et à la transphobie dans le sport. 

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Siufung est un.e ambassadrice de Athlete Ally pour mettre fin à l'homophobie et à la transphobie dans le sport.

Siufung était déterminé.e à modifier le phénomène transgenre, tel qu'il est présentement à Hong Kong. À Hong Kong et dans la plupart des pays asiatiques, les personnes trans binaires dominent les récits transgenres. Les personnes trans binaires sont celles qui préféreraient les changements chirurgicaux et hormonaux afin de « passer » pour leur genre préféré. Les nouvelles locales et nationales se concentrent souvent sur les difficultés quotidiennes et la stigmatisation à laquelle elles sont confrontées, rendant invisibles les personnes trans non binaires.

Siufung a courageusement accepté les interviews dans les médias pour parler d'une alternative et défendre l'idée de la fluidité du genre. En tant que féministe non binaire, ielle a plaidé pour l'importance des droits des transgenres et soulevé des préoccupations sociales concernant l'égalité des genres (en particulier l'égalité des femmes) dans le sport. Au début, les images de Siufung en bikini ont suscité des débats au sein des communautés transgenres locales, en particulier les personnes transgenres essentialistes qui ont rejeté Siufung en tant que membre de la famille transgenre. Peu à peu, lorsque les médias locaux ont adopté la notion de promotion de la diversité des genres en rapportant positivement l'histoire de Siufung, Siufung a finalement été accepté.e comme faisant partie de la communauté LGBT+ et est maintenant respecté.e en tant que pionnier.ère de la communauté « genderfluid » locale. 

L'intersectionnalité du féminisme est incarnée dans le parcours de Siufung. Siufung représente les réalités féministes dans le monde sportif et transgenre. En tant que culturiste femme, Siufung présente non seulement une perspective féministe en déconstruisant la hiérarchie du genre et du corps, mais résiste également à se conformer à des codes de féminité aigus dans sa vie sociale. Son cheminement illustre la possibilité pour les femmes de s'approprier un large éventail d'expériences en musculation. En tant que défenseur.e de la fluidité du genre, Siufung déstabilise les hypothèses de genre binaristes des subjectivités transgenres et fournit une incarnation alternative du genre qui n'a pas besoin de choisir un côté de la dichotomie de genre. L'histoire de Siufung crée des dialogues substantiels et significatifs avec le monde LGBT+ et le monde du sport. 

« Vivre en soi-même », une devise tatouée sur son corps, montre que Siufung est un exemple vivant de la façon dont nous pouvons réinventer les possibilités illimitées du genre et de la sexualité. 

 


« Quand iels nous verront » 

Lame Dilotsotlhe, Botswana

MamaCax

Cette œuvre célèbre la vie de feu Mama Cax. Elle était plus qu’une mannequin, activiste pour les droits des personnes en situation de handicap et féministe. Elle redéfinissait notre compréhension de l’autonomie corporelle, et pour moi c’est à ça que ressemble le pouvoir féministe en action. C’est être badass, une femme, une reine.

FR Mag - Lame Dilotsotlhe - MamaCax

Féministe très queer

C’est la réalité d’un homme trans dans des espaces féministes. Ses opinions sont souvent étouffées ou rattachées aux privilèges que lui octroie son corps. Sa présence est provocante. Elle met en premier plan la manière dont les espaces féministes peuvent inclure la diversité et renforcer la solidarité.

FR Mag -  Lame Dilotsotlhe - Very Queer Feminist

 


« Boxe, pas bottes » 

Wu, I-Fei, Taïwan

En tant que boxeuse et entraîneuse, je pense qu’enseigner aux filles à faire de la boxe est une réalité féministe car cela modifie les normes genrées dans le sport, et repousse la masculinité hégémonique.

 FR Mag - Wu
Wu, I-Fei

 


< Série sur les résistances féministes

Recherche sur les espaces sécurisés : une prise de perspective

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