Haïti/Gonaïves : femmes et enfants parmi les plus vulnérables

11 septembre 2008 (ReliefWeb)

Parmi les victimes des récents ouragans qui ont balayé le département de l'Artibonite, entre le 02 et le 07 septembre, les femmes et les enfants représentent non seulement une frange assez importante, mais également figurent parmi les plus fragiles, à coté des personnes âgées.

Pour les protéger des divers maux auxquels ils se trouvent exposés, nombre d'actions sont entreprises spécifiquement en leur faveur.

Dans les locaux de l'ONG CARE, situé dans le quartier de Gattereau aux Gonaïves, beaucoup de sinistrés attendent la décrue des eaux pour pouvoir regagner leur logis. Cet abri provisoire est le plus grand de cette ville dévastée par les ouragans Hanna et Ike. Il comprend près de 4000 sinistrés. Et ce qui frappe tout visiteur, c'est le nombre important d'enfants qui y errent, visiblement laissés à eux.

«L'eau avait complètement envahi notre maison. Mon père nous a fait grimper, ma sœur et moi, sur le toit de la maison. Nous y avons passé trois jours sans manger », explique Sosthène Thélusmé, un jeune garçon de 10 ans, qui habitait la rue Clerveaux.

« Nous passons toute la journée à chercher quelque chose à manger, pour nous et pour ma mère qui est malade », poursuit-il.

L'eau, dans sa furie destructrice, n'a en effet épargné ni les femmes ni les enfants. Selon l'UNICEF, quelque 300.000 enfants sont présentement vulnérables aux maladies et aux violences.

« J'accueille environ 72 personnes dans ma maison de quatre pièces qui est encore inachevée. Parmi eux, il y a 20 enfants et deux bébés, âgés respectivement de deux mois et 15 jours », explique Aude Sassufie, qui a ajouté : «nous n'avons reçu jusqu'à présent aucune aide. C'est vraiment dur. Au départ, on donnait aux enfants de la dentifrice et du sel pour combattre la faim ».

La situation des femmes n'est guère meilleure. «Il s'agit d'une situation particulièrement difficile. Les femmes se sont déplacées à pied, dans des eaux insalubres, pendant plusieurs heures et sont maintenant sujettes à des infections vaginales », a expliqué un responsable de l'OPS/OMS qui travaille dans un centre de soins aux Gonaïves.

En outre, se pose la difficulté pour les femmes enceintes d'avoir accès aux soins de santé. En raison de la montée des eaux et des routes endommagées, les déplacements deviennent quasiment impossibles. Et pour cause, les matrones ne peuvent pas se rendre au domicile des femmes sur le point d'accoucher ni les assister dans les maternités.

Le directeur départemental de la santé, Dr Carl Murat Cantave, relève que « dans ces conditions difficiles, beaucoup d'accouchements sont enregistrés ». Selon l'ONG Médecins sans Frontières (MSF), une cinquantaine d'accouchements ont été réalisés dans les centres de soins d'urgence depuis le début de la crise. Et plusieurs autres sont attendus.

Hormis ces problèmes de santé, un autre danger menace les femmes. Dans cette situation de désorganisation, où la population est tendue et sur les nerfs, les femmes risquent d'être victimes de violences corporelles ou sexuelles.

En effet, comme le souligne le chargé de Programme de préparation aux urgences et désastres de l'OPS/OMS, Dr Olivier KLEITZ, les femmes sont victimes de violence corporelle et sexuelle «On nous rapporte que les femmes sont plus souvent battues qu'à l'ordinaire, particulièrement dans leur foyer. On nous signale également quelques cas de violences sexuelles dans les abris», a-t-il indiqué.

Face à l'urgence, les organisations humanitaires ont décidé de multiplier les actions en faveur des groupes les plus vulnérables. Ainsi, quatre centres de soins d'urgence ont été créés à l'hôpital de Raboteau, à Ebenezer situé à la sortie Nord de la ville des Gonaïves, dans les locaux de CARE et à la direction départementale de l'Education nationale. Environ 1000 personnes, dont une majorité de femmes et d'enfants, bénéficient quotidiennement de consultation.

Le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) a ainsi installé 28 blocs sanitaires dans des abris provisoires à Cité Soleil et aux Gonaïves. En partenariat avec le Ministère à la Condition Féminine et celui de l'Education Nationale, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et la MINUSTAH, le FNUAP a également procédé à la distribution de 1500 kits d'hygiène aux femmes sinistrées de l'Artibonite, du Plateau Central et de l'Ouest.

Les femmes enceintes ne sont pas non plus oubliées. Cette agence appuie l'association des sages-femmes de l'Artibonite en fournissant des kits d'accouchement. De plus, elle a mis à la disposition du personnel médical des Gonaïves des kits « en santé de la reproduction ». Elle est également en train de recruter du personnel qualifié supplémentaire pour assurer les accouchements.

« Des kits d'accouchement à l'intention de 180 femmes enceintes seront acheminés aux Gonaïves dans les jours qui viennent », a aussi promis la Représentante du FNUAP, Tania Patriota. Par ailleurs, des distributions de vivres et autres produits sont organisées durant la nuit et très tôt le matin en vue de favoriser les groupes sensibles.

« Nous avons remarqué que lors des distributions dans la journée, les plus faibles, c'est-à-dire les femmes, les enfants et les personnes âgées ne parviennent pas à recevoir de la nourriture et de l'eau. C'est pourquoi nous organisons aussi des distributions pendant la nuit », explique un responsable du PAM, Widline Chérichel.

La méthode consiste à identifier un leader de communauté, le plus souvent une femme, et à lui remettre, durant la nuit, un stock important de vivres. Cette personne aura à charge de redistribuer cette aide aux autres femmes de la communauté.

En plus, depuis le 11 septembre, des distributions de vivres (riz, haricot, huile) et de produits non alimentaires sont organisées en faveur des groupes spécifiques. Ainsi, dans le centre d'accueil de Praville, une distribution à l'intention des femmes uniquement a été organisée, une opération ayant bénéficié de l'appui sécuritaire et logistique de la MINUSTAH.

« C'est une bonne initiative. Cela permet à toutes d'être servies. Entre nous femmes, on se comprend et les choses se passent bien. Les militaires sont là pour dissuader ceux qui veulent faire du désordre », se félicite une bénéficiaire, arrivée quatre heures plus tôt dans un des Centres de distribution de la ville.

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