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Nomination Controversée De La Directrice Exécutive De L'UNIFEM

La nomination, la semaine dernière, de l'espagnole Inès Alberdi comme Directrice exécutive de l'UNIFEM a suscité un grand intérêt et des réactions mitigées de la part de différentes activistes et organisations des droits des femmes. Ceci est le premier numéro d'une série de Dossiers du Vendredi consacrée à cet événement, l'AWID analyse quelques unes des premières réactions à la nomination d'Alberdi, et met en évidence certains aspects controversés de ce processus. Par Rochelle Jones

L'espagnole Inès Alberdi a été nommée, le 7 avril, au poste de Directrice
exécutive du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme
(UNIFEM), succédant ainsi à Noeleen Heyzer, de Singapour (1994-2007). Les
activistes et organisations des droits des femmes ont eu des réactions
mitigées face à cette nomination, qu'elles ont, dans la plupart des cas,
critiqué en accusant les Nations Unies de politiser le processus de
recrutement pour la plus haute fonction de la principale institution de
l'ONU chargée des questions de genre, à un moment où la transparence, le
traitement égalitaire et la crédibilité de l'organisation vis-à-vis des
mouvements de femmes et des organisations de développement sont déjà
remises en question.

Le mandat de l'UNIFEM est très vaste et comprend la lutte pour atténuer la
pauvreté qui touche les femmes, l'élimination de la violence à l'égard des
femmes, l'endiguement de l'épidémie de VIH/SIDA parmi les jeunes filles et
les femmes, et la promotion de la participation politique des femmes en
temps de paix et de conflit. La Directrice exécutive est responsable de la
gestion de l'UNIFEM, d'un budget annuel de 100 millions de dollars US, de
ses 15 bureaux régionaux et de projets financés en Asie, en Afrique, en
Amérique Latine et en Europe.

L'UNIFEM signale dans son communiqué de presse : « Inès Alberdi travaille
depuis plus de 25 ans sur les questions de genre et dans le domaine
politique. Avant d'entrer à l'UNIFEM, Mme Alberdi travaillait comme
professeur de sociologie à l'Université de Madrid où elle enseigne la
sociologie politique et la sociologie de genre depuis 1993. Auparavant,
elle a été Directrice de recherche au Centre de recherche sociologique
(1992-1993). Mme Alberdi a publié de nombreuses études sur la famille et
les questions féminines. » [1]

C'est l'intégrité du processus suivi par l'ONU pour nommer Mme Alberdi à ce
poste qui soulève une profonde préoccupation. Ce poste était vacant depuis
août 2007, date à laquelle Mme Noellen Heyzer de Singapour a quitté
l'institution pour assumer la direction de la Commission économique et
sociale des Nations Unies pour l'Asie et le Pacifique, et le long processus
de sélection de la candidate a suscité certains doutes parmi les activistes
des droits des femmes.
Après avoir présélectionné plusieurs candidates hautement qualifiées,
notamment Dr Gita Sen dont la candidature était fermement soutenue par de
nombreuses organisations des droits des femmes de différentes régions, Mme
Alberdi a été choisie le 7 avril par M. Kemal Dervis, Administrateur du
Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en consultation
avec le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, et le comité consultatif de
l'UNIFEM.

Depuis, de nombreuses organisations des droits des femmes contestent le
fait que cette nomination ait été tranchée à l'issue d'un processus de
sélection rigoureux et compétitif, estimant que la désignation de Mme
Alberdi avait été influencée par des facteurs politiques et de financement
qui avaient primé sur le processus habituel de recrutement. des
organisations de droits des femmes des États-Unis et d'Europe, ainsi que du
Grand Sud ont tenu à exprimer leurs préoccupations en faisant remarquer que,
durant l'exercice budgétaire 2006-07, l'Espagne a été le principal bailleur
de fonds de l'UNIFEM auquel ce pays a apporté 11,4 millions de dollars US.
(Voir ci-après la liste des organisations et de réseaux qui ont émis des
communiqués, et chaque fois que possible, les hyperliens renvoyant à ces
communiqués au moment de la rédaction de cet article. [2].

Ces communiqués rendent compte d'un sentiment commun selon lequel ce poste
a essentiellement été « acheté » par le Gouvernement espagnol, et que l'ONU
a cédé à la pression politique, sacrifiant l'intégrité et la transparence
sur l'autel du financement. Le PNUD a gardé le silence à cet égard mais la
porte-parole de l'ONU, Mme Michele Montás, a déclaré à la presse que
l'organisation « nie toute corrélation directe entre la nomination de Mme
Alberdi et... les contributions de l'Espagne à l'UNIFEM » [3]. Une agence
de presse signale toutefois qu'Alberdi elle-même avait signalé à plusieurs
reprises à la presse espagnole qu'elle ne pouvait exclure l'éventualité
d'une connexion [4].

Pour l'avenir, cet incident pose un certain nombre de questions importantes
pour les mouvements des droits des femmes et leur engagement vis-à-vis des
Nations Unies.
En effet, ce processus contribue à renforcer les doutes de la société
civile quant au sérieux avec lequel les NU abordent les questions des
droits des femmes. L'inégalité entre les sexes et la féminisation de la
pauvreté sont étroitement liées aux politiques ainsi qu'aux décisions, veto
et conditionnalités imposées par les États-Unis et d'autres pays influents
au sein des Nations Unies ainsi que d'autres institutions à l'échelon
mondial. La confiance que la société civile place en ces institutions ne
cesse de s'éroder. Ainsi, DAWN (Femmes pour un nouveau mode de
développement) signale : « Cette décision pourrait s'avérer très néfaste
alors qu'il y a actuellement beaucoup de discussions autour du renforcement
de l'architecture de genre des Nations Unies afin de s'assurer qu'elle est
au service des femmes ». [5]

La tâche à laquelle Mme Alberdi doit s'atteler est énorme et a été rendue
encore plus complexe par la façon dont les Nations Unies ont procédé à sa
nomination. Robert Bissio, de l'Institut du Tiers Monde, a souligné : «
ceci donne une image très négative de la gouvernance des Nations Unies...»
Il y a trois semaines, un groupe d'organisations non gouvernementales a
adressé une lettre à Ban Ki-moon lui demandant « d'annoncer les procédures
à appliquer dans ce genre de nominations, de façon à éviter », ajoutent les
signataires, « que le Secrétariat n'apparaisse impliqué dans des accords
réciproques conclus avec certains États membres. » Ceci n'a pu être évité
dans le cas de l'UNIFEM. Cette situation complique la tâche déjà
considérable que doit assumer Inès Alberdi pour élever ce Fonds à la
catégorie hiérarchique et à l'allocation budgétaire que les femmes du monde
entier requièrent et méritent. » [6]

Si les Nations Unies veulent poursuivre la consolidation de l'architecture
de genre, il est indispensable que les mouvements des droits des femmes
restent pleinement engagés dans ce processus. La mission de Mme Alberti est
sans nul doute importante et ardue et les défis qui s'imposent à l'égalité
entre les sexes et aux droits des femmes exigent des activistes, des
organisations et des réseaux qui soient en mesure de participer et de faire
entendre leurs points de vue. Le REPEM déclare : « Cette expérience et
d'autres du même genre dans ce domaine et dans d'autres, doivent nous
pousser à organiser à différents niveaux, un débat profond, rigoureux et
plus sérieux sur le rôle que jouent actuellement les Nations Unies, les
réformes de l'Organisation et la potentielle architecture de genre. » [7]


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Notes:
[1] http://www.unifem.org/news_events/story_detail.php?StoryID=668
[2] Voir ci-dessous une liste d'organisations et de réseaux qui ont
effectué des déclarations, et chaque fois que possible l'hyperlien
correspondant, au moment de la rédaction de cet article.
[3] Terra Actualidad ? EFE. « Des ONG critiquent le choix de l'espagnole
Inès
Alberdi comme directrice de l'UNIFEM » (en espagnol)
http://actualidad.terra.es/nacional/articulo/ong_ines_alberdi_unifem_2384761.htm
ou http://www.soitu.es/soitu/2008/04/08/info/1207683226_696780.html
[4] Inner City Press. « Dans le cas de l'UNIFEM, Alberdi ne parle qu'aux
médias espagnols, l'Inde estime que Sen était plus qualifiée, le PNUD reste
silencieux ». (En espagnol)
http://www.innercitypress.com/un1unifem041008.html
[5] DAWN. Déclaration de Femmes pour un nouveau mode de développement
(DAWN) sur la nomination par les Nations Unies d'une nouvelle Directrice
exécutive de l'UNIFEM.
http://www.dawnnet.org/ARCHIVE/NOTICE_BOARD.html#dsun
[6] How much does an office cost at the United Nations (Combien coûte un
bureau aux Nations Unies)?
http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6500.html
[7] Réseau d'éducation populaire de femmes d'Amérique latine et des
Caraïbes
(REPEM). Déclaration disponible sur:
http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6499.html

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Organisations et réseaux ayant formulé des déclarations ou publiés des
articles sur la nomination. Un hyperlien menant directement à la
déclaration est indiqué dans chaque cas.

Femmes pour un nouveau mode de développement (DAWN)
http://www.dawnnet.org/ARCHIVE/NOTICE_BOARD.html#dsun
et http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6499.html

Robert Bission, de l'Institut du Tiers Monde,
http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6500.html

Women's Development Collective/All Women's Action Society/ LIYAB/
International Gender and Trade Network-Asia
http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6499.html

Mouvement des droits des femmes de Fidji
http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6499.html

femLINKPACIFIC-Media Initiatives for Women
http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6499.html

Women's Action for Change (Pacifique)
http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6499.html

Réseau d'éducation populaire de femmes d'Amérique latine et des Caraïbes
(REPEM).
http://www.choike.org/nuevo/informes/6202.html

Women in Development Europe (WIDE)
http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6499.html

International Women's Human Rights Law Clinic (IWHR)
http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6499.html

Jeunes Activistes féministes du Sud
http://www.choike.org/nuevo_eng/informes/6499.html

Licence de l'article: Creative Commons - Titulaire de la licence de l'article: AWID

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Régions: Afrique, Asie, Caraïbes, Europe, Amerique Latin, Moyen-Orient, Amerique du Nord, Pacifique

Enjeux: Nations Unies

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Type de contenu: Analyses