Burkin Faso: Les autorités veulent éradiquer les fistules dans le nord
Ouagadougou, 22 septembre 2008 (IPS) - Face à l'ampleur des cas de fistules dans la région du Sahel du Burkina Faso, dans le nord du pays, les autorités aidées par le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) ont lancé un projet de trois millions d'euros pour sensibiliser et prendre en charge les femmes affectées par le mal.
Le projet, qui a démarré au cours de ce mois et couvre les provinces du Soum, Séno, Oudalan et Yagha dans la région du Sahel, est appuyé par un financement du Duché de Luxembourg, mobilisé par le FNUAP.
Selon le ministère de la Santé du Burkina Faso, la région du Sahel a été identifiée en raison du taux élevé de mortalité maternelle et de cas de fistules obstétricales qui y sont plus fréquents, en corrélation avec les mariages précoces qui exposent les filles à des grossesses prématurées.
"Les différentes études menées au niveau national révèlent que la région du Sahel reste l'une des régions les plus fortement touchées par les fistules obstétricales", déclare Dr Fatoumata Zampaligré, directrice de la santé de la famille au ministère de la Santé.
Dans cette région, on enregistre le plus fort taux de mortalité maternelle avec 840,29 pour 100.000 naissances vivantes contre 484 pour 100.000 au niveau national. Le taux s'accompagne d'une grande fréquence de fistules obstétricales dans le Sahel où le mariage précoce constitue l'une des causes de la maladie.
Selon le ministère de la Santé, sur 1.000 femmes se présentant au service de chirurgie, entre six et sept présentent une fistule obstétricale au Burkina Faso, où le taux de croissance de la population est de trois pour cent, selon le dernier recensement de 2006.
"Dans le Sahel, les femmes sont plus exposées parce qu'elles ne viennent pas accoucher dans une formation sanitaire avec une assistance qualifiée", explique Zampaligré. Selon elle, des raisons géographiques et sociales font que les femmes ne vont pas dans les formations sanitaires. Et avec le bas âge, quand les grossesses interviennent, elles provoquent des complications sur des organes génitaux encore fragiles.
Le projet inclut la prévention, la lutte contre les mariages et les grossesses précoces à travers la sensibilisation des chefs de communautés, les chefs des administrations et les leaders politiques qui doivent expliquer aux populations les conséquences d'un mariage précoce. Il prévoit également la réparation chirurgicale des cas de fistules.
"Maintenant, nous allons pouvoir opérer de façon permanente grâce à ce projet", se réjouit Dr Aboubakar Coulibaly, directeur de la maternité de Dori, la capitale de la région du Sahel.
Jusque-là, les sessions de réparation se faisaient annuellement. L'an dernier, 14 cas de fistules sur 22 ont été réparés avec succès à Dori, explique Coulibaly, déplorant une sous-notification dans le Sahel car "il n'y a pas mal de femmes qui vivent avec le mal".
La fistule est une communication anormale soit entre la vessie et l'utérus, qui provoque des pertes d'urines en permanence, soit entre le vagin et le rectum, qui fait que la femme malade perd des selles. La victime s'isole du reste du groupe et se recroqueville chez elle en raison des odeurs dégagées par ces pertes.
"Eradiquer le problème ouvre la voie à la réhabilitation des femmes et des filles qui ont été exclues, et participe à restaurer leur dignité afin qu'elles puissent continuer à vivre au sein de leur communauté sans difficultés", souligne André Mayouya, représentant du FNUAP au Burkina.
Mayouya espère, par ailleurs, que la gratuité des soins attirera davantage de patientes vers les services de santé.
Les fistules sont curables quand elles sont prises en charge très tôt. La prise en charge tourne autour de 200.000 francs CFA (environ 455 dollars) y compris l'hospitalisation. Le traitement dépend de la gravité et peut aller jusqu'à quatre interventions chirurgicales, selon Dr Coulibaly.
Le projet prévoit la prise en charge psycho-sociale parce que quand une femme souffre de fistule, elle est marginalisée et n'a pas envie d'être au milieu des autres, ajoute Dr Zampaligré.
"Le phénomène de la fistule est plus important dans le Sahel parce que la tradition veut que la femme accouche à la maison sans assistance", explique Dr Coulibaly à IPS.
En 2004, une étude du ministère de la Santé avait révélé que seulement 17,5 pour cent des femmes accouchaient dans les services de santé dans la région du Sahel. Or la fistule obstétricale est favorisée aussi par une faible fréquentation des centres de santé.
Cette enquête a fait ressortir que 65,83 pour cent des besoins obstétricaux ne sont pas couverts au plan national. Dans les zones rurales, ce taux atteint 74 pour cent.
La même étude révèle que 59 pour cent des femmes accouchent à domicile dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
Selon l'Institut national de la statistique et de la démographie, seulement 26,6 pour cent de la population rurale ont accès aux services de santé et 35 pour cent des 14 millions de Burkinabé habitent à moins de 30 kilomètres d'un centre de santé.
Selon le FNUAP, 236 complications obstétricales sévères surviennent chaque jour au Burkina, dont plus de 200 en milieu rural, et peuvent entraîner le décès maternel ou une incapacité grave et chronique telle que la fistule.
Avec le Programme national de développement sanitaire, les autorités du Burkina Faso prévoient de réduire la mortalité maternelle et néonatale de 40 pour cent d'ici à 2010 et de porter le taux de couverture en consultation prénatale à 90 pour cent, celui des accouchements assistés à 60 pour cent, et la prévalence contraceptive à 17 pour cent.
Par: Brahima Ouédraogo
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