Decrease Font Size Reset Font Size to Default Increase Font Size

Home Fr / Homepage Fr / Forum / new forum / Poèmes du Forum et témoignages des participantes / Poèmes du Forum et témoignages des participantes

Homepage Fr

Poèmes du Forum et témoignages des participantes

Ce qui nous (é)meut

PDF

1

Il y a des moments
où l'Histoire vient nous chercher et nous demande :
Que voulez-vous vraiment?

Nous tremblons.
Souvent nous nous enfuyons.
De la possibilité terrifiante
de pouvoir choisir
le mouvement.

De commencer ici
même
dans toutes nos étranges
imperfections.

Parfois nous nous dressons devant le monde
et faisons vibrer l'air
avec la question :
Qu'est-ce que tu choisis?

Aujourd'hui?
Pour cet instant?
Pour cette
palpitante
aventure
glorieuse.

Il a fort comme le patriarcat
fortes comme les institutions
fortes comme des occupation militaires
de deux milliards de dollars par jour
corsées de génocide
ancrées dans l'avarice
néolibérale
renforcées par la terreur
conçues pour donner
au contact
des chocs de 200 volts.
Et puis il y a la force
de ce qui coule.
Larmes, deuil, souvenirs.
Sang, énergie, respiration.
Action collective.

La force de ce qui nous (é)meut
dénoue nos gorges
attise nos hanches
libère nos voix
enlève le « mou » de « mouvement »
et le « mouvoir » de « émouvoir ».

Mouvement
aussi fort qu'une rivière,
courant de joyeuse résilience
une vague qui se forme
s'effondre et tourbillonne
schémas continuellement changeants.

Actrices du changement qui redirigent
chaque jour
le courage des plongeuses
qui se lancent encore et encore
dans cette eau tourbillonnante.

Reconnaissantes
pour ce qui donne des résultats
curieuses
de ce qui n'en donne pas.

Développer la capacité pulmonaire
de finalement embrasser
l'ensemble de nos luttes
exactement comme elles le sont.

Il y a des moments où la vie nous demande :
Quels sont vos espoirs?

Il y a l'espoir comme un champs de bataille
l'espoir d'un moment fébrile
l'espoir qui repasse mille manifestos.
Ce en quoi nous croyons,
ce que nous imaginons,
ce que nous proposons et planifions et rêvons
disons, prétendons, pensons,
que les choses devraient être.

Ensuite il y a la vérité pure et dure.
La raison de notre présence
chaque jour
de notre personne
effrayée, fâchée, maladroite,
De notre personne complexe et précieuse,
blessée et brillante.
Et nous nous battons avec le gouffre
qu'est le passé.
Négocier les coeurs brisés
de décennies de trahison.
Nous nous efforçons de remplacer
les « mais » avec les « et », les « non »
avec les « oui »,
nous nous enlever pour écouter
ceux qui nous enrage le plus.
Nous étirons nos cerveaux et notre volonté
jusqu'à la douleur,
pour une analyse profonde
jusqu'à ce que nous comprenons
que nous déconstruisons les systèmes, les
structures et les modèles
jusqu'à ce que nous sachions
ce qui marche et ce qui ne marche pas.
Ce qui nous (é)meut vraiment.

Parfois l'Histoire nous demande :
Qu'est-ce que vous faites?
Nous lui faisons un dessin.

Pour élargir
la définition de la beauté.

Quelque chose qui aime dans le souvenir.
Comme le mehndi qui coule dans un poing.
Comme la justice qui frémit dans nos rêves.
Comme la peau qui raconte sa propre histoire.

Il y a des années où la vie s'approche de nous et nous dit :
Que savez-vous?
La raison pour laquelle nous avons persévéré
quarante, cinquante ans.
Pour laquelle nous n'avons jamais regretté.

Que ce mouvement
Nous (é)meuve toujours
Dans notre ventre, dans nos hanches, dans
nos coeurs,

Que ce rire
cette poussée
ce respect mérité, mis à l'épreuve
est une maison que nous avons construite brique par brique
et elle tiendra.

Il y a des matins où la vie nous réveille
où elle fait battre nos coeurs
pulser nos tempes
nous avertit que
nous sommes sur le point de nous lancer
dans notre peur la plus glacée
pour apprendre le plus
notre joie la plus intense.
Il y a des matins où
Nous prenons un grand respire, nous disons
Oui
À tout cela.

Il y a des soirs où la vie s'enroule autour
de nous
dans la douceur du clair de lune,
et demande :
Qu'est-ce que vous attendez?
Vérité. Justice. Réparation.
Guérison.
Dans nos vies. Dans nos vies. Dans
Nos
Vies.

Chaque jour, l'amour s'approche de nous et dit :
Vous ferez acte de présence pour quoi?
Quel est, au final, la vérité de vos coeurs?
Nous répondons avec nos corps.
Nous sommes présentes
pour lutter.
Nous sommes présentes
pour l'une et l'autre.
Nous somme présentes tel quel.
Précieuses, imparfaites,
limitées, magnifiques humaines.

Nous sommes présentes
pour le pouvoir.
Nous choisissons
le mouvement.
L'amour c'est
notre présence

Pour les femmes de Project Pride

PDF

Il était une fois, une voix.
Elle portait des jeans qui épousaient
les formes généreuses
de son cul,
la houle vigoureuse
de ses hanches.

Elle aimait
le rouge.
Et Motown.
Et les boucles d’oreilles en anneaux d’argent,
et tout ce qui avait un goût de citron.
Mais plus que tout elle aimait
l’odeur laiteuse de beurre d’arachide
du petit corps de son fils.

Elle rodait l’asphalte de West Oakland
en appelant sa mère,
en essayant de se souvenir
de son visage,
sa main droite s’enfonçant
dans le creuxsous son sein gauche
où s’élançait une douleur secrète
indicible.

Vous dites : me vois-tu?
Regarde – et dis-moi ce que tu vois

Je vous regarde.
Les jolis contours fatigués de vos corps.
La lourdeur de vos ventres,
ventres féconds qui ont produits des enfants,
qui ont fait le travail de construire la vie.
Des ventres qui cachent assez de pouvoir pour soulever cette masse terrestre
de Richmond à Hayward
la faire virevolter comme une crêpe
la jeter dans la Bay.

Et si je sais une chose
sur cette terre terrible et terrifiée c’est bien ceci.

Vos ventres ont encore une vie à donner.
La vôtre.

Si j’ai confiance en une chose
sur cette terre miséricordieuse et effrayée,
c’est bien cela.
Tout amour commence avec les yeux.

Alors que j’apprends à écrire, j’apprends à aimer.
Parce que, pour écrire quelque chose,
d’abord je dois voir cette chose.
En entier,
sans résistance.
Dans ses moindres détails,
sans jugement.
Et je vous regarde maintenant,
alors que vous vous regardez :

bien,
profondément,
honnêtement,
durement
pour vous décrire,
assez bien et profondément et honnêtement et durement

pour vous aimer vous-mêmes,
bien, profondément, honnêtement, durement

être le bien, la profondeur, l’honnêteté, la dureté
qui secouera le monde.

Il était une fois, une voix.
Elle portait des tee-shirts blancs et amples
pour cacher les plis de son ventre marqué de vergetures.
Elle entortillait une mèche constamment pour satisfaire l’envie de ses doigts d’une cigarette

juste
une
cigarette.

Elle aimait les hot-dogs. Et la pizza au pepperoni.
Et la claquette et la brume de l’océan sur son visage,
et le gel-douche au romarin,

mais plus que tout elle aimait le goût
de la sobriété dans sa bouche.

Elle restait debout à l’extérieur d’une porte de salle de bain,
en appelant sa mère,
en enfonçant sa peur dans la serrure
avec un ongle grignoté jusqu’au sang,
son autre main sur son oreille
pour laisser pousser un cri indicible.

Vous dites : Est-ce que tu m’entends?
Est-ce que quelqu’un m’entend?

Je vous écoute maintenant.
Là où vous retenez votre souffle quand vous lisez gardé
dans votre poitrine comme si la protection de l’enfance venait vous l’enlever.

J’écoute vos coeurs qui se brisent
encore et encore sur la page
vous écouter refaire
vos vies de verre brisé.

J’écoute la musique
qui rit dans vos hanches
que rien n’a jamais rassasiées.
J’écoute votre faim
qui hurle au croisement
de la 27e et de San Pablo
pour des vies qui sont à la hauteur
de votre grandeur.

Et si je crois en une chose
sur cette terre effrayée et réduite au silence
c’est le feu dans vos gorges qui ne fait qu’attendre un match.

Si je crois en quelque chose
sur cette terre effrayée et chantante
c’est le hosanna de vos mains.
Vos mains tachées par les couches,
vos mains exténuées, qui ont soulevé
des bébés et des poussettes et des berceaux et des audiences de libération conditionnelle
et 16 mois de plus et putain mon dos
et c’est qui sa nouvelle copine maintenant
et et si je n’arrive jamais à…

Des mains qui se tendent encore et encore pour un
mot et le plaquer
sur la page,
qui s’étendent
pour un deuxième
mot, et le plaquent à côté du premier, et parfois
comme une bénédiction
on te donne le troisième, et tu écris –
les vérités dangereuses,
sacrées, irremplaçables
de ton coeur.

Il était une fois, une voix.
Ses yeux brillaient d’espoir et d’intelligence,
son corps était un véritable point d’interrogation.
Elle respirait le monde autour d’elle, le retournait dans son cerveau,
et demandait :
Pourquoi?
Au service de qui?

Au profit de qui?
Et quel est mon rôle dans tout cette merde?

Elle adorait le blues.
Et la batterie.
Et chaque question que sa fille lui posait, et la douceur du coton sur sa peau,
mais plus que tout elle aimait exercer son esprit.

Elle avait le pied vivant qui ressentait le besoin de faire la fête
en entendant la musique.
Elle secouait son corpsdans les couloirs de Project Pride, en réapprenant
ce qu’était sa mère; en redéfinissant
ce qu’une mère devrait être, en réintégrant
ce que c’est que d’être mère.

Son ventre était rond et doux d’un contentement qu’elle connaissait.
Intimement.
Elle l’appelait sa guérison.

Vous dites : Est-ce que tu me sens?
Peux tu même imaginer – ce que je ressens?

Je te sens maintenant.
Le coup de couteau dans tes genoux en haut de l’escalier,
le dressement de tes poils sur ta peau
en parfaite synchronie avec le corps de ton bébé.
Le canyon qui s’ouvre dans ton pelvis
alors que tu ouvres ton carnet et que tu montes sur la scène et commences.

Je sens le désir ardent sur ta langue, le froid dans tes orteils,
chaque jour que tu choisis, et choisis, et choisis encore, de vivre avec la joie, et non la peur.

Je ressens la tristesse dans ta colonne pour toutes ces années perdues,
le cri de guerrière dans ta poitrine : plus jamais!
Le murmure de tes cellules : Retourne chez toi.
Vers toi.

Et si je sais une chose,
sur cette terre lumineuse et fragile c’est cela.
Vous êtes toutes tellement belles.
Tellement belles merde.
Vous êtes la terre sous l’asphalte, le terreau riche et foncé
où s’appuie la vie.
Vous êtes la grandeur à laquelle vous aspirez.
Et si vous avez une prière à faire sur cette terre nue qui tourne, c’est celle-ci.
Que vous vous rencontriez dans le miroir.
Que vous vous voyiez saintes.
Que vous vous voyiez puissantes.
Que vous vous reconnaissiez, vraies et terrifiées, bénies
et ensanglantées, déchirées et retricotées,
ompues en éclats et sanctifiées.
Que vous saisissiez le pouvoir de vos voix, voix qui
vous ont attendues,
comme vos enfants, comme vos coeurs,
voix qui ont toujours su, voix qui n’ont jamais doutées que
vous reviendriez vers elles.

 

Cri

PDF

I.

trop de fronts à mener
trop de blessures
et moi je n’en peux plus

je ne veux plus savoir
qu’Inez Garcia a été condamnée
à un emprisonnement à perpétuité
pour avoir tué l’homme
qui la tenait
alors que deux autres la violaient

Je veux me couvrir les oreilles et crier
pour enterrer les voix qui me hantent
et murmurent
que les yeux de Piah Njoki
lui ont été arrachés par son mari
pour ne pas lui avoir donné
un fils

Je veux me libérer des meurtres
martelant mon cerveau
car six cents femmes chaque année
à Delhi seulement
sont aspergées de paraffine et brûlées brûlées
vives pour le crime d’avoir une trop maigre dot

Je veux faire semblant que cela ne
m’arrivera pas à moi

saviez-vous qu’une étudiante
à l’Université Sussex a été violée lors de
son premier soir en résidence
par un homme qui est simplement
simplement entré dans sa chambre

Je ne fais pas partie de ce carnage
ce cri
je ne veux pas résister m’opposer
me battre
construire confronter négocier
supplier pour le changement

m’entendez-vous ?

je veux me réfugier
dans une salle remplie d’humains
ne plus voir la noirceur
la terreur et la souffrance
entendre se taire
le cri à l’intérieur
détendre ma respiration
d’une voix
très
douce

puis-je oser
réclamer le droit
d’avoir une voix
qui ne
cri pas?

II.

c’est seulement depuis que je sais
me battre
que je peux être sexy
le balancement de mes hanches
s’est développé
au même rythme que mon coup de coude

j’ai laissé pousser mes cheveux
au même rythme que
l’enhardissement
de ma chair
j’ai commencé à porter du rouge à
lèvre
à découvrir mes épaules
à mesure que j’apprenais à juger
à quelle vitesse attaquer
et où

aine
yeux,
jugulaire

Ce n’est avant de pouvoir
marcher dans la rue
sachant que je pouvais transformer
ma colère en action
que j’ai pu marcher avec un superbe orgueil
sur cette même rue
dire avec ma démarche que
oui je pense aussi que je suis belle
oui je me réjouis de mon corps
oui j’aime la caresse du soleil sur
ma peau
ce corps m’appartient
plus je suis habile à le défendre
plus je peux le montrer fièrement avec allégresse

III.

car la vérité de l’expérience
réside dans le corps
guerrière,
mon corps est arme
amante,
mon corps est aliment,
mon corps est maintenant
un pinceau
une histoire
une vérité illusoirequi chante en moi
comme le choque
de l’eau froide

qui me purifie
me libère
me ramène