Le sexe dans tous ses états
« La sexualité a-t-elle un avenir ? », se demandaient hier encore quelques philosophes et scientifiques, réunis en colloque. L'absurdité de la question n’est qu’apparente. Si l’homme utilise la reproduction sexuelle pour exister, des perspectives encore théoriques suggèrent que, dans un futur proche, il pourra peut-être s’en passer. Cessera-t-il pour autant d’avoir une sexualité ?
Probablement pas, car tous les savoirs modernes sur la question l’affirment : la pulsion sexuelle obéit à bien d’autres appels qu’à celui de la survie de l’espèce, et témoigne, par les actes qu’elle induit, d’une grande diversité d’objets, de formes et de sens. Quelques repères dans l’histoire des mœurs humaines, allant de l’Antiquité à nos jours, permettent de le montrer : en dépit de l’universalité des pratiques, ni leur signification ni les limites qu’on leur donne ne sont restées les mêmes. De la morale profane des anciens Romains aux règles modernes de l’hygiène des plaisirs en passant par la casuistique du péché chrétien, toutes les civilisations se sont mêlées d’encadrer l’acte sexuel par des règles, voire par des lois puisées dans la nature des choses et des hommes. Mais en vain. On pensait encore, il y a vingt ou trente ans, que l’homme au milieu du règne animal était la seule espèce à s’accoupler sans nécessité. Ce n’est plus vrai : au-delà même de nos fameux cousins bonobos, on ne compte plus les espèces animales pratiquant couramment la masturbation, l’homosexualité et quelques autres spécialités. Ce qui veut dire qu’en la matière, la nature animale n’est pas plus limitée que les fantaisies de l’imagination humaine. Ce constat, rendu possible par l’évolution libérale des mœurs durant le XXe siècle en Occident, n’abolit pas le fait que la sexualité reste placée sous le regard scrutateur des normes du bon et du mauvais, du bien et du mal. La recherche du plaisir licite occupe les spécialistes de la différence des sexes, du couple et de la psychologie humaine. La prévention et la répression des actes déviants mobilisent psychiatres, juristes et autres spécialistes du droit des personnes. Entre les deux, d’autres observateurs s’interrogent sur les effets sociaux des usages modernes du sexe.
La liberté est-elle toujours bonne ? La prostitution et la pornographie sont-elles des fléaux ? Ce sont toutes ces questions qu’examine en détail ce dossier.
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