8 MARS 2010 : Centenaire de la journée internationale des femmes - Honorons les féministes haïtiennes décédées lors du tremblement de terre en Haïti !

Honorer les vies de grandes féministes haïtiennes décédées lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince et dans les environs sera le point central des célébrations du 100e anniversaire de la journée internationale des femmes, le 8 mars 2010 en Haïti... Les groupes de femmes et leurs aillés de partout à travers le monde sont invités par le mouvement des femmes haïtiennes à organiser pour le 8 mars des activités commémoratives dans leurs communautés et pays respectifs.

C`est sur la Place Catherine Flon dans le Champ-de-Mars au centre de Port-au-Prince que l’activité principale des célébrations du 8 mars aura lieu. Cette place est symbolique puisqu’elle rappelle la participation des femmes haïtiennes à la guerre de l’Indépendance (1791-1803) il y a plus de 200 ans.

Cette activité est organisée par les organisations des femmes haïtiennes afin de reconnaître et d’honorer la douleur humaine émanant de la catastrophe, promouvoir les valeurs féministes basées sur les droits humains de toutes et tous, lutter pour le bien-être de toutes et tous en Haïti y compris l’aménagement du territoire, réaffirmer les luttes féministes en dépit de la perte des nombreuses féministes, renforcer la solidarité, entre autres. Cette activité prendra la forme d’une cérémonie où l’on entendra des témoignages et où l’on présentera une peinture murale ainsi qu’un diaporama.

Les groupes de femmes et leurs aillés de partout à travers le monde sont invités par le mouvement des femmes haïtiennes à organiser pour le 8 mars des activités commémoratives dans leurs communautés et pays respectifs.

« Nous demandons aux organisations du monde entier de se joindre à nous, le 8 mars prochain, pour honorer les militantes féministes haïtiennes décédées lors du tremblement de terre afin, d’une part, de nous permettre de faire notre deuil et, d’autre part, de nous supporter pour raviver l'élan du mouvement des femmes haïtiennes. Cette commémoration nous permettra de reprendre le flambeau porté vaillamment et indéfectiblement par ces trois femmes en plus de protéger et construire sur l’héritage qu'elles ont laissé à celles et ceux qui continueront ce travail ». Ces mots, porteurs d’espoir, ont été prononcés par Lise Marie Dejean de Solidarite Fanm Ayisyen (solidarité avec les femmes haïtiennes (SOFA)) au nom des femmes haïtiennes. Mme Dejean a ajouté que les féministes survivantes organiseront une activité à la Place Catherine Flon le 8 mars où plusieurs partageront ce qu’elles ont appris de Myriam Merlet, Anne Marie Coriolan et Magali Marcelin, ces trois grandes féministes décédées lors du tremblement de terre.

La contribution de ces trois féministes militantes est considérable. Pensons à la reforme de la branche judiciaire, organe n’ayant jamais pris au sérieux le viol, à la création d’organisations et de maisons vouées à la protection des filles et des femmes contre la violence domestique et la traite des êtres humains, à la publication d’un journal féministe, à l’agrandissement du centre de documentation et d’archives, et à la lutte pour la protection des droits reproductifs.

Militante féministe, Mme Merlet a agi pendant quelques années à titre de directrice du cabinet du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes en Haïti. Tout au long de sa vie, Mme Merlet a dénoncé ouvertement l'utilisation du viol comme arme politique en plus d’autre forme de violence faite aux femmes et aux filles. Elle était l'une des fondatrices d'EnfoFanm, le premier centre de documentation et d’information féministe favorisant la promotion du droit des femmes.

Avocate, militante et actrice, Magali Marcelin avait deux ans auparavant poussé les femmes haïtiennes à remplir une salle d’audience d’un tribunal et avait réussi à obtenir un verdict de culpabilité contre un homme qui battait sa conjointe. Mme Marcelin était l’une des fondatrices de Kay Fanm, une organisation de droits des femmes offrant notamment une maison d’accueil aux femmes violentées et un service de microcrédit ou de prêts aux femmes travaillant dans les marchés.

De son côté, Anne Marie Coriolan a servi de conseillère de haut niveau pour le ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes. Suite aux efforts acharnés de Mme Coriolan, le ministère a développé des initiatives clés pour accroître le degré de conscientisation de la population sur la problématique de la violence faite aux femmes et a créé des programmes pour mener les femmes vers leur indépendance financière. Mme Coriolan a également fondé Solidarite Fanm Ayisyen (solidarité avec les femmes haïtiennes, ou SOFA), une organisation haïtienne de promotion et de défense des droits des femmes.

Pour honorer ces trois grandes féministes et tant d’autres décédés lors du tremblement du 12 janvier, des activités commémoratives sont prévues dans le monde entier. À titre d’exemple, une table ronde spéciale se tiendra au siège social des Nations Unies à New York pendant la Commission sur la condition de la femme (CSW) en début mars prochain. Cette table ronde sera organisée par l’Association caribéenne pour la recherche et l’action féministe (CAFRA), la Commission Huairou, le Camp féministe international, l'Association pour les droits de la femme et le développement (AWID), ainsi que d'autres organisations et réseaux.

La CSW aura lieu durant l’évaluation des 15 ans de la plateforme d’action de Beijing (Beijing +15*), et inclura notamment un panel sur la situation actuelle des femmes haïtiennes. Ce panel visera entre autres l’élaboration d’une résolution portant sur la nécessité d’inclure les femmes haïtiennes dans le processus de reconstruction d’Haïti, et ce, en vue de l’adoption par la CSW. Les organisations et les réseaux de femmes reconnaissent que le monde entier a répondu avec choc et rapidité au tremblement de terre qui a dévasté l’Haïti le 12 janvier dernier. Cependant, elles rappellent que les secours d'urgence peuvent être soit un catalyseur pour le leadership des femmes et l'autonomisation des communautés, soit un processus d’imposition de structure de pouvoir inégale, d’une réponse militarisée et de dépendance. C’est pour cette raison que plusieurs organisations de femmes s’organisent pour s’assurer que les voix des femmes sur le terrain sont entendues. En outre, les groupes de femmes s’activent à garantir les droits humains des femmes dans cette période de crise et dans les mois à venir.

Plusieurs activités ont déjà été annoncées pour le 8 mars par des organisations de femmes au Chili, en Argentine, au Honduras, à Porto Rico, au Brésil, au Canada, et ailleurs. En plus, d’appeler nos soeurs et frères à organiser des activités où qu’ils et elles soient, le Camp féministe international demande également à l'Initiative des femmes des prix Nobel d’émettre une déclaration de solidarité avec les femmes haïtiennes.

Cette initiative de commémoration pour le 8 mars qui vise à honorer les féministes haïtiennes disparues lors du tremblement de terre a émergé lors d’une réunion tenue par des femmes haïtiennes le 24 janvier dernier à Port-au-Prince. Par la suite, cette initiative a été adoptée par des femmes latino-américaines et caribéennes lors d'une réunion du Camp féministe international tenue en République dominicaine les 26-27 janvier 2010.

Catherine Flon est reconnue par les Haitien-nes comme l’une des héroïnes de la lutte pour mettre fin à l’esclavage. C’est elle qui a cousu le premier drapeau haïtien le 18 mai 1803, le dernier jour de la session du congrès coloniale où des leaders de la révolution ont juré solennellement par serment à la liberté ou la mort sur le drapeau qui a mené les esclaves à la victoire et à la liberté. Ce serment est connu historiquement comme serment des ancêtres.

La journée internationale des femmes a émergé suite à l’implication des femmes dans mouvement ouvrier du 19e et du début du 20e siècle, et a été établi formellement lors de la 2e Conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague en 1910, réunissant plus de 100 déléguées des 17 pays présents.

L’engouement entourant la journée internationale des femmes crût rapidement incitant par le fait même des célébrations dans un nombre de plus en plus important de pays. C’est en 1977 que l'Assemblée générale de l'ONU adopta une résolution proclamant la Journée internationale des droits des femmes. En passant cette résolution, l'ONU « a reconnu le rôle essentiel des femmes dans les efforts de paix et de développement, l’importance de leur pleine et entière participation et la nécessité d’en finir avec toutes les formes de discrimination. »

*Beijing + 15 est le processus d’évaluation qui fait suite à la Conférence mondiale sur les femmes de Beijing, 15 ans après.

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