Entre Accra et Doha

Comment les organisations des droits des femmes se sont-elles mobilisées et ont-elles participé aux deux grands processus à l’échelle mondiale qui peuvent avoir une influence déterminante sur la façon dont l’aide est acheminée vers les populations pauvres?

Par Kathambi Kinoti

Contacter les personnes, les responsables de politiques et les institutions qui déterminent la façon dont l’aide des bailleurs de fonds est acheminée vers les pays moins avancés est une tâche ardue que les défenseurs des droits des femmes assument depuis plusieurs années déjà.

Il existe actuellement deux grands processus où sont étudiées les modalités de canalisation de l’aide financière aux fins du développement en provenance du Nord, essentiellement des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, vers les pays pauvres. L’un est le processus de l’Efficacité de l’aide et l’autre, le processus de Financement du développement. L’agenda de l’Efficacité de l'aide a été institué et est actuellement facilité par le Comité d’aide au développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE-CAD), alors que le processus de Financement du développement se déroule sous l’égide des Nations Unies. L’agenda de l'Efficacité de l'aide est basé sur la Déclaration de Paris et l’agenda du Financement du développement se fonde sur le Consensus de Monterrey sur le financement du développement. De l'avis des défenseurs des droits des femmes, la Déclaration de Paris et l’agenda de l’Efficacité de l’aide sont tous deux insensibles aux questions d'égalité des sexes et trop techniques car ne se souciant que d’améliorer l’efficacité de la fourniture de l’aide, au détriment du développement.

Les organisations des droits des femmes ont réclamé avec insistance une intégration des processus de l’Efficacité de l’aide et du Financement du développement en un seul régime plus susceptible d’améliorer l’efficacité du développement. Un tel régime devrait être institué dans le cadre du système des Nations Unies qui est plus démocratique, plus inclusif et plus axé sur le développement que le processus de l’OCDE CAD qui est composé d’un groupe de bailleurs de fonds. Les organisations des droits des femmes ont toutefois maintenu leur participation dans les deux processus.

En février de cette année, les organisations des droits des femmes se sont réunies à Ottawa, Canada, lors d’une consultation consacrée à l’examen de la Déclaration de Paris et à l’Efficacité de l’aide. La réunion a été convoquée par l’AWID et WIDE. Plusieurs participants à la consultation ont ensuite assisté à un dialogue entre de multiples parties prenantes sur la société civile et l'efficacité de l'aide organisée par le Groupe consultatif sur la société civile et l’efficacité de l’aide. L’AWID et WIDE ont ensuite été invitées à rejoindre le Groupe consultatif.

Début septembre de cette année, des représentants des bailleurs de fonds et des gouvernements bénéficiaires se sont rencontrés lors du troisième Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide à Accra, Ghana, pour faire le point des progrès accomplis depuis 2005 dans le processus d’amélioration de l’efficacité de l’aide. La société civile, y compris les organisations des droits des femmes, ont eu l’occasion, bien que limitée, de participer à cette révision des résultats et de formuler des recommandations visant à les améliorer. Le document issu de la réunion d’Accra, le Plan d’action d’Accra réaffirme que « l’égalité entre les sexes, le respect de droits humains et la pérennité de l’environnement sont des facteurs indispensables pour assurer un impact durable sur les vies et le potentiel des femmes pauvres. »

En octobre, une série de réunions a eu lieu à Paris, dont une réunion du Comité directeur international (CDI) des organisations de la société civile. Le CDI est chargé de la surveillance des processus de l’efficacité de l’aide et du financement du développement. Le CDI encourage la coopération pour le développement et l’efficacité du développement et l’une de ses tâches sera prochainement de plaider en faveur d’une révision des progrès accomplis dans la mise en œuvre de la Déclaration de Paris lors du prochain Forum de haut niveau qui sera organisé dans le cadre du système des Nations Unies, de façon à intégrer les deux agendas : l’efficacité de l’aide et le financement du développement. Les organisations de la société civile cherchent actuellement à s'incorporer au Groupe de travail sur l'efficacité de l'aide de l’OCDE.

En décembre, une réunion sera organisée à Doha au Qatar pour faire le point des progrès accomplis dans le cadre de la mise en œuvre du consensus de Monterrey. Les organisations des droits des femmes se mobilisent actuellement pour participer à cette réunion. Tel est le cas du Groupe de travail des femmes sur le financement du développement composé de plusieurs syndicats et d’une coalition de réseaux et d’organisations de femmes Le groupe de travail a participé à des audiences interactives réalisées au mois de juin de cette année à New York et a également organisé, à la même époque, une Consultation de femmes.

L’engagement et le plaidoyer des organisations des droits des femmes dans le cadre des processus de l’efficacité de l’aide et du financement du développement ont permis d’ouvrir de nouveaux espaces de participation où elles avaient été jusqu’ici marginalisées. Cette action a également permis, ne serait-ce que discrètement, d’influencer le langage de ces processus, à l'exception toutefois des principaux documents qui servent de fondement aux processus, en particulier la Déclaration de Paris. Lors du prochain forum de l’AWID qui se tiendra dans quelques jours dans la ville du Cap, les réseaux et les organisations des droits des femmes ayant participé à ces processus disposeront d'une session pour faire le point des résultats de leur action et exposer les difficultés auxquelles ils se sont heurtés. Leur action illustre la valeur de la collaboration et du plaidoyer concerté mais aussi la nécessité constante de lutter pour que les voix des femmes soient entendues au plus haut niveau de la formulation de politiques.

 

 

 

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