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Redéveloppement des logements informels et effets potentiels sur les femmes

Dans cet article, l’AWID se penche sur les espaces occupés par des logements informels urbains à Mumbai, Inde, et, en particulier sur les effets éventuels des projets de « redéveloppement » des bidonvilles sur la vie des femmes.

Par Rochelle Jones

Selon le recensement de 2001, 54 pour cent de la population de Mumbai vivait, à l’époque, dans des bidonvilles, 25 pour cent vivait sur les trottoirs ou dans des ruelles, et 15 pour cent seulement dans des logements informels.[i] En 50 ans seulement, la population de Mumbai a triplé sous le coup de la migration constante de hordes de personnes qui quittent les campagnes pour aller dans les zones urbaines, poussées par l'inégalité des richesses.

 

Les bidonvilles ne datent pas d’hier mais ce n’est que récemment que le Gouvernement a abordé sérieusement les défis et les opportunités qu’ils présentent, ainsi que les droits économiques, sanitaires et sociaux des milliards de personnes qui habitent actuellement des bidonvilles dans le monde entier. Le redéveloppement des bidonvilles et les projets d’amélioration surgissent du plan d’action « Villes sans taudis ni bidonvilles » adopté par les 150 chefs d’état et de gouvernement qui ont assisté au Sommet du Millénaire des Nations Unies en septembre 2000. L’objectif énoncé dans la Déclaration du Millénaire des Nations Unies (A/RES/55/2) [ii], ainsi que dans les autres cibles comprises dans la section « Développement et élimination de la pauvreté », est le suivant:

 

« Que, d’ici à 2020, nous aurons réussi à améliorer sensiblement la vie d’au moins 100 millions d’habitants de taudis, conformément à l’initiative «Villes sans taudis ni bidonvilles». »

 

L’objectif de parvenir à des « Villes sans taudis ni bidonvilles » est actuellement intégré comme Cible 11[iii] des objectifs du Millénaire pour le développement.[iv] L’avancement dans la réalisation de cet objectif sera mesuré par deux indicateurs: (i) le pourcentage de personnes ayant accès à un meilleur assainissement; et (ii) le pourcentage de personnes ayant accès à une propriété foncière sûre.[v]

 

Le terme de bidonville évoque une multitude d'images ; si nous multiplions ces images par quelques millions, puis par quelques millions supplémentaires, nous n'aurons probablement qu’une image très partielle de la myriade d'aspects impliqués par un bidonville. Les bidonvilles n'offrent pas seulement un refuge, aussi modeste soit-il, mais aussi des liens d'amitié, de soutien, de récréation et d'emploi à ses habitants. Ils constituent de véritables villes à l'intérieur des villes, ils ont leur propre hiérarchie de gouvernance et, tout comme toute autre ville, ils possèdent une âme qui est le miroir des personnes qui y habitent. Compte tenu de cette situation, les réalités de pauvreté et de misère qui règnent dans les bidonvilles n'en requièrent pas moins une attention immédiate. L'eau et l'assainissement constituent des besoins fondamentaux auxquels tout un chacun a droit.

 

Selon une étude récente du Centre sur les Droits au Logement et les Problèmes d'Expulsion (COHRE), les femmes finissent, pour la plupart, par vivre dans des bidonvilles parce qu'elles émigrent vers la ville avec leur mari qui est en général un travailleur non qualifié ou semi-qualifié. En Inde, l'étude constate que le bidonville reflète un tissu social biaisé selon le genre dans lequel les femmes se trouvent « dans une situation d'exploitation et de servitude vis-à-vis des hommes. Le faible taux de participation à l'éducation, le manque d'autonomie économique et la discrimination basée sur le sexe se traduisent par le fait que les femmes dépendent des hommes pour survivre. Les femmes sont trop souvent considérées comme des citoyens de seconde classe dans la hiérarchie de la société, ce qui limite considérablement leur prise en compte dans les décisions familiales. Lorsque la décision familiale se traduit par l'émigration de la femme vers la ville, celle-ci n'en perd pas pour autant sa responsabilité primaire de veiller au bien-être de sa famille, l'obligeant à se consacrer aux tâches ménagères et à l'éducation des enfants. Indépendamment du travail non rémunéré qu'elles effectuent à la maison, les femmes apportent souvent une contribution économique au ménage à l'aide d'un emploi rémunéré. Toutefois, ces contributions sont rarement valorisées et, dans la plupart des cas, les femmes ne gèrent pas le peu d'argent qu'elles parviennent à gagner. »[vi]

 

A l’intérieur des bidonvilles, ce sont les femmes qui sont les plus touchées par les problèmes quotidiens car elles passent l’essentiel de leur temps à la maison et au sein de la communauté à prendre soin de leur famille. Ces problèmes sont liés à l’infrastructure, à l’assainissement, la santé et la sécurité, le tout exacerbé par la discrimination sexiste et la violence. Le COHRE fait remarquer que « pour les femmes, les phénomènes de l’urbanisation et de l’expansion des bidonvilles urbains ont des causes uniques et des conséquences uniques. Ces problèmes sont toutefois largement ignorés par les milieux aussi bien universitaires que du plaidoyer et les données relatives aux femmes et à l’urbanisation sont rares. » [vii]

 

Ceci dit, il est peu probable, étant donné cette ignorance de la dynamique de genre existant au sein des bidonvilles, que l’intérêt que certains gouvernements portent depuis peu aux projets de redéveloppement des bidonvilles soit sensible aux questions liées à l'égalité hommes-femmes. En l’absence d’une vision précise des expériences de vie propres aux femmes et aux hommes à l’intérieur d’un bidonville, ces projets de redéveloppement risquent, le plus souvent, de reproduire les mêmes conditions qui sont à la source de la discrimination, et d’ignorer un grand nombre d'aspects de type sexiste importants de la vie dans les bidonvilles qui peuvent ne pas être évidents à première vue.

 

Projet de redéveloppement de Dharavi (PRD)

 

Dharavi est un bidonville qui s’étend sur 216,5 hectares d’un ancien terrain marécageux, pris en étau entre deux lignes de chemin de fer en plein milieu de Mumbai. Un million de personnes environ vit à Dharavi, et le rapport est de quelque 770 femmes pour 1 000 hommes [viii]. Le Projet de redéveloppement de Dharavi (PRD) prévoit la démolition de l’actuel bidonville qui doit laisser la place à des immeubles à appartements de 7 étages où seront logés gratuitement des résidents triés sur le volet.[ix] De la superficie totale, 65 pour cent serait destiné à la réhabilitation des logements destinés aux résidents éligibles. Quelque 14 hectares seront occupés par des parcs et des jardins, 14,5 hectares par des écoles et 2,4 hectares par des dispensaires.[x]

 

Les habitants éligibles du bidonville sont ceux qui peuvent démontrer qu’ils habitent Dharavi depuis janvier 2000 et qui y ont établi des taudis. Ces résidents seront « réhabilités » gratuitement dans un « appartement » autonome de 21 m² En tout, 87 200 familles seront relogées. Les autres résidents devront chercher eux-mêmes un nouveau logement à leurs propres frais. Au départ, il était prévu d’accorder ces logements gratuits à 57 000 familles seulement, mais une association de groupes de résidents a fait pression pour que davantage de familles soient relogées, pétition qui a été approuvée par la Cour suprême en avril de cette année.[xi]

 

Le PRD est un concept créé par l’architecte Mukesh Metah, selon lequel le PRD est « un changement de paradigme pour toute la réhabilitation de bidonvilles dans le monde. Après Dharavi, les gens auront un autre regard sur la réhabilitation de bidonvilles. »[xii] De nombreux résidents de Dharavi sont en faveur du redéveloppement mais en désaccord avec la façon dont le processus est mené à bien auquel ils reprochent le manque de participation de la communauté.

 

Les femmes et le PRD

 

Le redéveloppement des bidonvilles pose des problèmes spécifiques pour les femmes. En termes de propriété, ce sont les hommes qui, le plus souvent, détiennent les documents requis pour prouver l'identité et le lieu de résidence. Par conséquent, la capacité d'une femme à avoir accès à une solution permanente de logement dépend essentiellement de son mari. Certes, la propriété conjointe entre hommes et femmes est reconnue mais « le concept de propriété conjointe exclut en lui-même un grand nombre de femmes qui ne sont pas en mesure de prouver la situation juridique de leurs relations avec un homme. Cette lacune est particulièrement grave pour les femmes célibataires, les veuves, les femmes abandonnées et les femmes âgées. » [xiii]

 

L’utilisation que font les femmes de l'espace public à Dharavi est un autre aspect qui va profondément changer avec ce projet de développement ; une étude à petite échelle a été entreprise sur le plan local pour déterminer la façon dont les femmes utilisent l'espace au sein des bidonvilles. Cette initiative locale est appelée « Atelier Typhon Urbain», qui est un projet organisé conjointement par les résidents de Koliwada [xiv], des chercheurs indépendants et des activistes, ainsi que le PUKAR (Partners for Urban Knowledge, Action and Research) [xv]. En mars 2008, l'atelier Typhon Urbain a interviewé des femmes qui vont être directement touchées par le PRD et a pu constater que l'espace public est un facteur crucial à Dharavi qui, de ce fait, devrait être considéré par les développeurs à partir d'une perspective de genre afin d'assurer les meilleurs résultats possibles pour les femmes.

 

Selon cette recherche, les femmes utilisent l'espace public situé aux alentours de la maison pour mener des activités de loisirs, de célébration et pour travailler; par conséquent, une des principales conclusions de la recherche est que la « maison » à Koliwada ne peut pas être considérée strictement comme la superficie comprise entre les parois car elle comporte également un espace commun situé en dehors de la maison, comme les ruelles adjacentes. Ces espaces adjacents à la maison permettent la réalisation d'activités nécessaires à la vie familiale et à la vitalité de la communauté ».[xvi] La plupart des femmes ont exprimé le désir de conserver le type de logement à ras du sol qu'elles possèdent actuellement lequel facilite l'accès à l'extérieur pour elles-mêmes et pour leurs enfants.

 

A ce sujet, les femmes interviewées se sont montrées très intéressées par la création d'un parc réservé aux femmes où elles pourraient emmener leurs enfants, faire des exercices, se détendre ou se réunir. Les plus grands espaces tendent à être dominés par les hommes et par les garçons et la plupart des femmes estiment très important d'avoir leur propre espace légitime.

 

Ce type d'information est extrêmement précieux; malheureusement, il est peu probable qu'elle parvienne au gouvernement et puisse influencer le PRD. Les résultats de l'atelier ont été publiés sur Internet mais la portée de ce message reste très incertaine. Cet atelier avait pour but de « sensibiliser les fonctionnaires gouvernementaux et le public en général quant à l'importance de préserver les riches traditions urbaines des communautés qui résident à Dharavi. Il cherchait également à démontrer le potentiel politique des groupes culturels qui fonctionnent à Koliwada et Dharavi… Un atelier formulera des propositions alternatives pour le concept urbain de Koliwada et Dharavi. »[xvii]

 

À l'heure actuelle, la planification du PRD se poursuit et l'information disponible ne permet pas de savoir si les inquiétudes des communautés seront réellement entendues et intégrées au projet. Le redéveloppement de Dharavi constitue un défi pour tous les résidents mais en particulier pour les femmes dans les voix sont rarement entendues. Le problème de l'inégalité entre les sexes est présent à tous les niveaux, de la famille, de la communauté et des institutions. Les femmes devraient avoir la possibilité de participer activement à tous les stades des projets de redéveloppement du bidonville dans le cadre d'une approche sensible à l'égalité entre les sexes aux niveaux de la conceptualisation, l'architecture et de la mise en œuvre. Malheureusement, ceci n'est pas souvent le cas.

Notes:

[i] Femmes, urbanisation et bidonvilles: L'examen des causes et des conséquences. Centre sur les Droits au Logement et les Problèmes d'Expulsion (COHRE), Programme pour les femmes et les droits au logement. Mai 2008. Téléchargeable sur : http://www.cohre.org/view_page.php?page_id=308

[ii] Voir http://www.un.org/millennium/declaration/ares552e.htm

[iii]http://unstats.un.org/unsd/mdg/Resources/Attach/Indicators/OfficialList.pdf

[iv]http://www.un.org/millenniumgoals/

[v] Villes sans taudis ni bidonvilles: http://www.citiesalliance.org/activities-output/topics/slum-upgrading/action-plan.html

[vi] Ibid note 1. pp48-49

[vii] Ibid note 1. p10

[viii] Ibid note 1. p48

[ix]http://www.financialexpress.com/news/Blueprint-for-a-new-Dharavi/140257/0

[x]http://www.thehindubusinessline.com/2007/06/01/stories/2007060105281000.htm

[xi]http://www.thehindu.com/2008/04/06/stories/2008040659271100.htm

[xii]http://news.sbs.com.au/dateline/mumbai_makeover_542458

[xiii] Ibid note 1. pp49-50

[xiv] Koliwada est le terme qui désigne l’habitat des Kolis. Les Kolis sont les habitants originaux de Dharavi.

[xv] Pour plus d'informations sur l'atelier Typhon Urbain, veuillez consulter: http://www.urbantyphoon.com/intro.htm , ainsi que: http://www.dharavi.org/X._Urban_Typhoon_Workshop_Koliwada-Dharavi/Team_TISS:_What_Women_Want/Women_of_Koliwada

[xvi] Dharavi.org: http://www.dharavi.org/X._Urban_Typhoon_Workshop_Koliwada-Dharavi/Team_TISS%3a_What_Women_Want/Home

[xvii]http://www.urbantyphoon.com/objectives.htm

 

 

 

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